Pourquoi les Québécois SONT SI SYMPAS ?

Culture

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Les clichés sur le Québec et ses citoyens ont la vie dure. Pour les décrypter, les valider, leur tordre le cou ou simplement s’en amuser, cette rubrique leur rend visite.

— Ah, qu’ils sont sympas les Québécois ! Gentils, avenants, cordiaux, respectueux et tout et tout… On aurait presque envie de les prendre en photo quand ils attendent patiemment le bus en file indienne. Pour un Français habitué à un comportement plus erratique, qui assiste la première fois à cette queue leu leu érigée en normalité, c’est presque de la science-fiction.Avec cette question en suspens : mais qui sont ces extraterrestres ?

L’émerveillement, semblable à celui que le touriste ressent en apercevant un écureuil dans un parc à Montréal, est aussi à l’oeuvre dans les bars, cafés et autres restaurants, où le sourire et l’amabilité des serveurs font contrepoids au modèle proposé par la France, un peu rouillé au niveau des zygomatiques, en particulier la version parisienne, souvent décriée. Et puis il y a ce tutoiement très répandu – mais loin d’être systématique (tout sera fonction du contexte et de la personne à qui vous vous adressez) – qui a le mérite d’aplatir la pyramide des rapports humains et sociaux, jusque dans les entreprises, à l’image d’une société moins hiérarchisée que l’Hexagone.

Sans oublier le fameux « Allô, ça va bien ? », populaire expression qui résume assez bien l’hospitalité québécoise. Des exemples parmi d’autres qui accentuent l’impression, quand on débarque dans ce village d’Astérix résistant à l’emprise anglophone, d’évoluer dans un univers parallèle, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un peu comme chez les Bisounours, même si la réalité est moins arc-en-ciel et plus complexe que ça.

Arrondir les angles

Ce qui renforce cette perception tient beaucoup à cette façon toute canadienne d’éviter le conflit, au nom d’un sacrosaint consensus présent dans toutes les sphères, aussi bien politique, sociale que privée.

Disons que ce n’est pas le meilleur endroit sur la planète pour laver son linge sale en public, crever l’abcès durant un repas en faisant voler les assiettes, ou remettre un peu brutalement un collègue de travail à sa place. Pas le genre de la maison. Haro sur la chicane, le conflit, au grand dam du Français formaté pour le choc frontal et les débats enflammés.

Comme l’a écrit la journaliste québécoise Isabelle Grégoire, dans un article paru dans l’Express en 2009, « le râleur est toujours perdant au Canada ». Même l’Assemblée nationale du Québec n’échappe pas à cette bienséance gravée dans l’érable. Quelque 300 mots ou expressions sont ainsi interdits aux députés, comme  » bouffon », « technocrate condescendant », « pleutre », « matamore », « Lucky Luke du Twitter », « tapis de porte » ou encore « fourberies » (pauvre Scapin).

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Illustration de Virginie Egger

Ouverts et distants

Dans cette province tant attachée au vivre-ensemble, tout est loin d’être rose pour autant. Prenez la question de l’amitié, sujet récurrent dans les conversations bleu-blanc-rouge qui bute souvent sur une confusion. Ce que résume bien l’Américaine Erin Meyer, professeure en gestion interculturelle à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD), dans son livre The Culture Map, où elle compare la culture nord-américaine à une pêche, dont la chair tendre cache un noyau dur 1. « Au premier abord, ils sont très ouverts et amicaux mais, à un moment, leurs interlocuteurs venus d’ailleurs peuvent avoir l’impression de heurter un mur et de voir une distance s’installer. D’ailleurs, on dit parfois d’eux qu’ils ouvrent leurs bras mais qu’ils ne les referment pas. Leur affabilité naturelle ne signifie pas qu’ils souhaitent développer une amitié. » À bon entendeur…

Pour ne rien arranger, l’immigrant français doit composer avec le fardeau légué par ses prédécesseurs durant les années 60-70, dont l’esprit dominateur a forgé l’image du maudit Français, ancrée dans les mémoires. Une époque qu’a bien connue Robert Poupard, arrivé au Québec en août 1967 de sa Charente-Maritime natale avec sa femme Francine. Un de ses amis, établi dans la Belle Province depuis quelque temps, lui avait alors adressé une lettre agrémentée de conseils pour faciliter son intégration. « Il m’expliquait que les Québécois avaient une histoire et une culture différentes et qu’il fallait les respecter », raconte cet enseignant à la retraite.

À méditer pour faire fondre la glace.

Olivier Pierson

Journaliste depuis une vingtaine d'années, Olivier a œuvré en France au sein de la presse quotidienne régionale, traitant de sujets aussi divers et variés que le sport, la politique ou les faits divers... C'est désormais à la culture et au tourisme de plein air que ce fondu de marche consacre la majeure partie de son temps, toujours friand de découvertes et de rencontres, mais aussi de nouvelles expériences !

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