Le harfang des neiges

Observation de la faune

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Emblème aviaire du Québec depuis 1987, ce superbe rapace blanc aux yeux jaunes est, au-delà du symbole, un oiseau superbe et fascinant. Et si nous faisions connaissance ?

Pour certains oiseaux, l’hiver québécois, c’est la Floride ! En effet, le harfang des neiges arrive sur les rivages du fleuve Saint-Laurent au coeur de l’hiver, vers la mi-décembre. Il représente une exception bien entendu, car à cette époque, la majorité des espèces aviaires ont disparu pour des contrées beaucoup plus clémentes. Leur arrivée au Québec méridional est très irrégulière et plus dictée par le manque de nourriture dans l’arctique que par de réelles habitudes migratoires.

Le harfang des neiges n’est donc pas considéré comme un migrateur au sens strict du terme. Acclimaté aux très hautes latitudes, il est pourvu d’un épais duvet situé sous ses plumes, du rebord du bec jusqu’au bout des pattes, qui le protège parfaitement des froids extrêmes même par -50 °C.

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LE SILENCE DE SON VOL

Dans nos contrées méridionales, l’observation est possible alors qu’il se tient blotti à l’abri du vent derrière des congères à même le sol ou lorsqu’il est posté sur des poteaux de clôture afin d’observer son territoire hivernal à la recherche de rongeurs. Si vous avez la chance d’en observer un, le silence de son vol vous frappera. Dotées d’innombrables soies fines, ses plumes, au contact de l’air, ne font aucun bruit. Cette caractéristique lui permet d’être d’une efficacité remarquable à la chasse puisqu’il surprend ainsi ses proies dans un silence total. Les yeux jaune vif, le regard fixe et perçant de ces grands oiseaux blancs, vous saisiront tout autant. Cette apparence unique et très reconnaissable a permis à l’espèce de devenir l’emblème aviaire du Québec en 1987 et d’ainsi représenter la blancheur des hivers québécois, l’enracinement dans un climat semi-nordique et la vie sur un très vaste territoire.

Preuve que les brèves apparitions de ce resplendissant voyageur du Grand Nord dans nos contrées méridionales ne laissent personne indifférent. Le mâle est d’un blanc pur immaculé alors que la femelle et les jeunes sont légèrement tachetés de brun.

SEIGNEUR DE LA TOUNDRA ARCTIQUE

Protégé par la loi, le harfang des neiges joue un rôle écologique de premier ordre dans l’environnement rigoureux de la toundra arctique puisqu’il est le super-prédateur aviaire de ces lointaines contrées nordiques. Il y passe l’été pour se reproduire, aussi haut que dans l’extrême arctique où il fait jour 24 heures/24. Ainsi, le harfang des neiges fait partie des rares strigidés (chouettes et hiboux) à être actif le jour grâce à sa vue diurne perçante et son ouïe extrêmement aiguisée. Le nid, de préférence situé sur une butte, se résume à une petite dépression pratiquée dans le sol par la femelle et garnie de quelques-unes de ses plumes et d’un peu d’herbe ou de mousse. Une des grandes particularités de l’espèce lors de la reproduction est de pondre un oeuf tous les deux jours environ, mais de commencer la couvaison dès l’arrivée du premier oeuf. En effet, dans le haut arctique, même début juin, les températures peuvent encore être très froides et les oeufs ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes au risque de geler. Ainsi, les petits naissent à intervalle d’environ 48 heures et les couvées sont donc constituées d’oisillons de tailles et d’âges différents. Au-delà de la nécessité de commencer immédiatement l’incubation du premier oeuf, cette stratégie permettra au couple d’optimiser la taille de la couvée en fonction de l’abondance de la nourriture cette année-là.

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Droit dans les yeux © Benjamin Dy

UN FESTIN DE LEMMINGS

Ainsi, les plus jeunes, plus petits et moins compétitifs que leurs frères et soeurs, vont vivre ou mourir de façon chronologique à leur venue au monde en fonction du niveau de disponibilité des proies dans la toundra. Bien que son alimentation soit diversifiée, puisqu’il peut attraper des oiseaux comme des eiders à duvets dans les pollinies de l’océan arctique, le régime alimentaire du harfang des neiges est majoritairement composé de petits mammifères.

Le cycle d’abondance de l’espèce est ainsi intimement lié à celui du lemming, un petit rongeur de la toundra arctique dont il dépend. Lorsque ces derniers sont abondants, un couple de harfangs peut élever jusqu’à 9 petits (rarement davantage) par été au sein d’une seule et unique couvée pour lesquels il faudra environ 1300 lemmings par mois avant qu’ils soient autonomes ! À ce régime de gloutonnerie, ils passeront de 45 grammes à 1,4 kg en 2 mois.

À la fin de la période de reproduction, les jeunes, indépendants, sont laissés à eux-mêmes et atteindront la maturité sexuelle entre 3 et 5 ans. Ils reviendront alors hanter de leur grâce et mystère les espaces dénudés du Nord et parfois, nous rendre visite au sud, pour notre plus grand plaisir !

Benjamin Dy

Benjamin Dy est biologiste, photographe de faune sauvage et écrivain naturaliste. Ce franco-canadien de 35 ans vit au Québec depuis presque une quinzaine d’années et n’a de cesse de parcourir son magnifique territoire à la recherche d’images et de reportages. Avant tout attiré par les espaces sauvages, ces régions naturelles de prédilections sont celles des Appalaches, des Laurentides et du plateau de la Basse Côte Nord avec sa superbe Minganie. Ses ultimes destinations photographiques québécoises sont les paysages de bout du monde du Nunavik où il mène régulièrement des expéditions pour ses projets personnels. Pour lui, les espaces sauvages du Québec et du monde entier sont une source d’épanouissement et de découverte sans limites.

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