Terroir & Saveurs du Québec | Claude Dufour – Douceurs des Appalaches


Direction Lac Etchemin, dans les Appalaches, pour découvrir Claude Dufour, créatrice d'une entreprise où ça bourdonne de projets : Douceurs des Appalaches

Bonjour tout le monde, bienvenue sur le podcast de Québec Mag. On continue notre exploration gourmande du Québec à la rencontre de producteurs et de productrices qui nous rendent tous les jours un peu plus amoureux des saveurs du terroir local. Aujourd’hui, on prend la direction de Lac Etchemin, en Chaudière-Appalaches, pour découvrir une entreprise où ça bourdonne de projets. C’est là que nous attend Claude Dufour, la créatrice de Douceurs des Appalaches, qui nous parle de sa passion, les abeilles, et qui nous dit comment elle fait rayonner le miel biologique depuis les Appalaches.

Bonjour Claude.

Bonjour Karim, enchantée et merci pour cette entrevue, j’adore.

Merci de nous recevoir dans tes ruches directement, on les voit derrière toi pour ceux qui vont voir la vidéo. Dis-moi d’abord, présente-nous Douceur des Appalaches. Qu’est-ce que c’est, comment ça s’est créé et qu’est-ce que tu y fais ?

Douceurs des Appalaches, on est une ferme éco-apicole située, comme vous l’avez dit, à Lac-Etchemin. Nous faisons des produits certifiés biologiques, dont notre miel, le pollen, la cire, la propolis, tout ce qui est issu de nos ruches sont certifiés biologiques. Nous faisons des miels bruts, donc c’est vraiment l’essence même de Douceurs des Appalaches, le miel brut depuis les tout débuts. Et les tout débuts justement, ils ont commencé en 2017, il y a presque dix ans, où j’ai tombé littéralement en amour avec les abeilles et Douceurs des Appalaches est né.

Raconte-nous un petit peu comment tu es tombé en amour des abeilles, qu’est-ce qui t’a fait découvrir ce métier-là, cet univers-là, et qu’est-ce qui t’a plu ?

À la base, ma profession, c’est ingénieure forestière, donc j’ai une passion, un goût particulièrement intense en lien avec tout ce qui est nature, écosystème, etc. Quand j’ai découvert tranquillement les abeilles, qu’est-ce que ça faisait, l’importance aussi des abeilles et de tous les produits qu’elle fait. Ça m’a vraiment tout de suite attirée. Au départ, non pas pour en faire une entreprise, c’était pour nos besoins personnels à nous, pour la famille. Je trouvais qu’on avait un milieu absolument fantastique ici, dans les Appalaches. On est tout près du Mont-Aurignal, un endroit sauvage qui regorge de diversité florale et faunique. Et je trouvais que c’était l’emplacement parfait pour mettre des ruches. Donc, je voulais faire du miel pour ma famille, je voulais faire du pollen pour ma famille. Donc, on est des grands consommateurs de produits de la ruche. Puis, devant le succès, bien évidemment, j’ai commencé avec deux ruches et puis deux ruches, ça a donné quand même beaucoup de miel. J’en ai donné autour de moi. Puis, ça a été vraiment le coup de foudre à peu près tout le monde à qui j’offrais le miel. J’ai eu encore plus de ruches et bien voilà, Douceurs des Appalaches s’est lancé de cette façon-là. La passion est arrivée avec l’émerveillement que j’ai pour cet insecte-là qui est l’abeille.

Je suis un peu étonné parce que depuis que j’ai commencé cette série Terroir et saveurs du Québec, au final, j’ai découvert plusieurs mielleries, plusieurs de tes collègues. Alors que quand on parle du Québec et quand on parle de douceur, on a tendance à parler de sirop d’érable. Alors, qu’est ce qui fait aujourd’hui le succès grandissant du miel au Québec ?

Les gens le découvrent de plus en plus, le miel. C’est un produit, je pense, qu’on ne voit plus seulement comme un sucrant. On le voit comme une empreinte du terroir. Et c’est par le miel brut, moi, que je veux le faire le plus découvrir, parce qu’on garde les arômes, on a la texture originale du miel en le gardant brut. Et moi, je le vois en faisant goûter aux gens. Même ceux qui, à la base, n’étaient pas attirés par le miel, goûtent à ce miel-là et font « Ah ! Wow ! Ça goûte bon ! » Et là, il y a une découverte, puis je pense que c’est un effet domino. Les gens découvrent de plus en plus, on en parle de plus en plus de ce type de miel qui est bien au-delà du sucrant, comme je disais. C’est le goût du terroir même, parce qu’on retrouve les fleurs dans les miels qu’on produit. Puis aussi, on a l’aspect thérapeutique qui n’est pas à négliger non plus. On le sait, partout dans le monde, on utilise le miel. Puis je pense qu’au Québec, tranquillement, on adhère. Ça fait qu’il n’est plus en compétition, dans le fond, avec le sirop d’érable, si on le voit de cette façon-là, parce qu’il n’est pas seulement qu’un sucrant.

Qu’est-ce que tu aimes le plus, toi, aujourd’hui, dans ton métier, dans ton quotidien ?

Moi, je dirais qu’il y a deux volets. Il y a toujours le volet abeille. Quand j’ouvre une ruche, c’est toujours merveilleux pour moi. Je suis toujours paumée devant ce qu’elles font, comment elles le font, leur évolution. Le développement au sein d’une saison apicole, c’est vraiment fantastique. Mais ça, c’est le volet vraiment en lien avec l’apiculture comme telle.

Mais chez Douceurs des Appalaches aussi, ce qui m’émerveille à chaque jour, c’est de voir comment les gens sont fascinés quand on leur explique qu’est-ce que font les abeilles, la vie des abeilles, comment ça fonctionne au sein d’une ruche. Et après, quand on fait goûter le miel, Il y a tout un univers qui est dans la bouche. Ce n’est pas juste un miel qui arrive. On comprend toute l’histoire qu’il y a autour de ça. Puis les gens, on le voit dans leur visage. Ça, c’est vraiment une partie de mon quotidien que j’adore.

On comprend que quand on vient chez toi, on ne se contente pas d’acheter les produits. On en parle aussi, on découvre, on apprend.

La partie découverte, c’est une grosse grosse facette chez Douceurs des Appalaches. On a en place tout plein, une espèce de petit musée à picoles qui explique ce qu’est l’abeille, ce qu’est le miel, ce qu’est la pollinisation. On touche à toutes les branches, si on veut, de qu’est-ce que touche l’abeille. Puis ce côté-là, ce côté éducatif, interprétatif, il est vraiment important pour nous. Donc oui, quand les gens viennent, ils ne viennent pas seulement cacher des trucs, ils viennent découvrir l’univers au complet. On le fait vraiment avec passion, avec cœur, les gens le ressentent aussi parce que c’est ce qu’ils nous disent toujours quand ils viennent, comment ils sont surpris de voir à quel point la passion nous anime dans ce qu’on fait. Fait que c’est pas seulement évidemment, comme vous le disiez, l’achat sur place, c’est beaucoup plus que ça venir chez Douceurs des Appalaches. Oui.

On sent bien la passion pour ton métier, on entend bien l’amour de ton terroir. Il doit y avoir l’amour de ta région aussi. Quand les gens viennent chez toi, qu’est-ce que tu leur conseilles d’aller voir, par ailleurs, qui se trouve pas très loin ?

Notre région, est une région méconnue, je dirais. On est en perpendiculaire, si on veut, aux grands axes qui sont surtout le long du fleuve. Les gens sortent moins, je dirais, de ces axes-là. Mais quand ils décident de prendre la 277, par exemple, pour venir nous rejoindre à la quête de chemin, ou la 73, puis là, qu’ils découvrent tout ce qu’il y a en s’emmenant jusqu’ici, on a des paysages fantastiques. On a des entreprises. Moi, personnellement, tous les gens que je connais autour de moi qui ont une entreprise, qui veulent faire découvrir leurs produits, ce sont des passionnés. Il y a un beau lac ici aussi. On a des…

On peut…

On peut…

J’avais une abeille dans les cheveux !

On a de l’hébergement aussi pour les recevoir. Donc, des restaurants, tout est à découvrir. Venir à Lac-Etchemin, c’est vivre une région au complet en quelques jours pour voir tout ce qu’on fait, autant au niveau de l’agriculture que des microbrasseries. On a vraiment… Un bel environnement ici à découvrir, puis j’invite vraiment les gens à sortir de l’axe habituel, puis de rentrer vers la quête chemin, puis ils vont être émerveillés aussi.

Bien entendu, on entend bien ton conseil. Est-ce qu’il y a une idée reçue sur ton métier ou sur les abeilles que tu as à cœur de déconstruire, toi ?

C’est une bonne question. Il y en a plusieurs. Il y en a plusieurs. Une que je dis souvent, les apiculteurs s’occupent d’abeilles domestiques. C’est une espèce d’abeilles qui provient de l’Europe. C’est les Européens qui l’ont apporté. C’est plus large que ça, la provenance. Mais c’est les Européens qui l’ont apporté ici pour avoir leur sucre et les autres produits de l’abeille. Donc, elle n’est pas indigène. Moi, je dis souvent aux gens, je ne suis pas apicultrice pour protéger les abeilles. Je suis apicultrice pour m’occuper d’une espèce qui nous offre des produits merveilleux. Mais à tous les jours, ce n’est pas ça qui va sauver les abeilles. Les gens ont un travail beaucoup plus grand que moi, l’apicultrice, pour sauver les abeilles. Je le répète sans cesse, au quotidien, c’est nos abeilles sauvages. On a au Québec plus de 350 espèces d’abeilles sauvages, ce qui est énorme. On ne le pense pas, on ne le voit pas. C’est beaucoup. Ce sont nos pollinisateurs locaux, indigènes, et ce sont eux qui sont en danger. Moi, si je perds une colonie d’abeilles, je peux la remplacer l’année suivante. Je peux la nourrir si elle manque de nourriture. Je peux lui donner un abri. Évidemment, je lui donne par mes ruches. Mais nos abeilles sauvages n’ont pas ça. Elles sont sur la sellette parce qu’on ne voit pas qu’elles meurent. Il y a énormément de presse autour des apiculteurs qui perdent leurs ruches et indirectement, ça réveille un peu sur la problématique de nos abeilles sauvages. Mais sinon, elles n’ont pas de tribune, ces abeilles-là.

Et au quotidien, les gens, ce qu’ils peuvent faire, c’est pas s’acheter des ruches pour sauver les abeilles, parce que ça, je l’entends souvent, c’est pas du tout ça qu’il faut faire. À la limite même, nos abeilles domestiques peuvent nuire à la faune pollinisatrice locale. Donc, il faut favoriser les habitats de nos pollinisateurs. Il faut… Leur permettre d’avoir de la nourriture pendant toute la saison, donc c’est pas juste de planter dans une plate-bande quelques fleurs qui vont fleurir une fois. Il faut vraiment penser à la biodiversité, à l’habitat, garder les milieux les plus naturels possibles et moins perturber l’environnement. Ne serait-ce que ramasser ses feuilles à l’automne, ça perturbe les habitats de nos reines. Je dis no, c’est à tous nous autres au complet. C’est nos reines qui sont fécondes et qui vont faire les prochaines populations l’année suivante. Elles se cachent sous ces feuilles-là, par exemple, entre autres. Donc, c’est des gestes comme ça à faire au quotidien pour aider nos pollinisateurs. Donc, c’est une idée que je déconstruis régulièrement, effectivement, sur les abeilles.

C’est un message précieux et important que tu délivres là. J’ai envie d’en faire la fin de cet épisode. Je te remercie beaucoup pour ça, pour ta passion, pour ton accueil.

Merci. Merci à vous.

Je vous invite évidemment à faire ce petit détour dont Claude a parlé pour aller voir Douceurs des Appalaches et puis la région, le lac et tous ces établissements qu’elle a évoqué tout à l’heure. On va vous mettre évidemment les informations sur Douceurs des Appalaches sur le site d’Internet, histoire que vous ayez tout ce qu’il faut pour pouvoir aller la visiter sur la fiche et évidemment sur la retranscription de ce podcast.

https://www.quebeclemag.com/douceurs-des-appalaches/

Ce podcast pour lequel on reviendra très bientôt avec un nouvel épisode. Je vous remercie pour votre fidélité. Je vous remercie de votre écoute.

Au revoir, Claude.

Au revoir, merci beaucoup.

À très bientôt.

Québec Le Mag'

Québec Le Mag'


A lire aussi