Terroir & Saveurs du Québec | René Bougie – Miellerie King


La pépite du jour s'appelle Miellerie King. Et pour nous parler de cette jolie, dynamique et originale entreprise familiale, nous accueillons celui qui se décrit comme l'aîné : René Bougie.

À la mi-chemin, à peu près, entre Cherbourg et Trois-Rivières, se trouve la ville de Kingsey Falls. C’est là, dans cette petite bourgade du Centre du Québec, qui compte un peu plus de 2000 habitants, qu’on a découvert la nouvelle pépite de notre série consacrée aux saveurs et aux terroirs du Québec. La pépite en question s’appelle Miellerie King. Et pour nous parler de cette jolie, dynamique et originale entreprise familiale, j’accueille celui qui se décrit comme « l’aîné » : René Bougie.

Bonjour René.

Bonjour, bonjour.

Comment vas-tu ?

Très bien, très bien. Toujours intéressant de se rencontrer et de discuter de notre entreprise.

Merci de venir nous parler de Miellerie King. Justement, si tu dois nous présenter en quelques mots la Miellerie King, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que vous y faites et qui vous êtes ?

Donc nous, la Miellerie King, comme tu le disais, on est établi à Kingsey Falls. Ça fait maintenant près de dix ans qu’on est en opération. Puis nous, c’est une entreprise familiale, donc je suis dans cette entreprise-là avec mon frère et mes deux parents. Puis nous, on met en valeur le miel de nos ruches. On a environ 115 ruches. Puis on le transforme en plusieurs produits, en miel, en caramel. Mais ce qui nous caractérise le plus, c’est qu’on transforme notre miel en alcool. Donc on fait des hydromels, donc des vins de miel, des liqueurs, des mistels. Puis on fait également depuis quelques années des spiritueux. Donc, on fait autant des brandy, des eaux de vie, des rhums alternatifs, puis on fait également notre crème alcoolisée, notre crème alvéole, qui est la seule crème disponible au Québec, qui est, comment dire, disponible à la SAQ, puis qui est 100% faite au Québec avec de l’alcool de miel, du caramel de miel, ainsi que de la crème des producteurs laitiers du Québec.

Comment vous est venue l’idée de monter cette entreprise en famille ?

Mais nous, on a toujours aimé les abeilles, on a toujours été en contact avec la nature et tout ça. Puis c’est ça, au début, on avait des ruches pour le plaisir. On s’entend, on avait une ou deux ruches. Puis rapidement, ce hobby-là a grandi, a grandi. Puis tu sais, ce qui était seulement un hobby de fin de semaine, mais c’est rapidement transformé en un projet d’entreprise familiale. Fait qu’on a passé, au début, on transformait le miel de nos J’avais une ou deux ruches. Après ça, tranquillement pas vite, ça a monté à 10 ruches. On avait vraiment beaucoup de miel. On s’est mis à faire des produits transformés, à participer à quelques foires locales. Puis là, la demande continuait à croître. Fait que là, on a décidé de… Embarquer là-dedans à temps plein.

Donc moi et ma mère, au début, on a commencé en travaillant là-dedans à temps plein. Après ça, mon frère s’est joint à nous également, mon père également à temps plein. Ça fait que maintenant, c’est ça, on est les quatre à gagner notre vie grâce à ce qui était auparavant seulement un hobby.

Oui, ce n’était pas une évidence, c’est-à-dire que vous étiez tous à la base dans quelque chose de différent.

Oui, tout à fait. Donc vraiment, c’est vraiment quelque chose qui est arrivé par hasard parce qu’on avait un hobby de retour à la terre, de gentleman farmer qui avait le goût d’être en contact avec la nature. Puis rapidement, c’est ça, on a vraiment aimé beaucoup cette expérience-là. Puis on avait le goût de partager nos créations avec, tu sais, pas seulement notre famille et nos amis, mais avec l’ensemble des gens qui nous entouraient. Puis, tu sais, nous, on a toujours aimé être en mesure de de faire rayonner notre région, de faire rayonner les miels de nos abeilles, d’être en mesure de montrer que notre terroir ici au centre du Québec est différent, a une signature qui lui est propre, puis de pouvoir faire ça, puis d’être, comment dire, de pouvoir agir un peu à titre d’ambassadeur de notre coin de pays, puis de le faire rayonner, mais pour nous, c’est définitivement une fierté.

Et comment on fait pour apprendre à transformer ce miel en caramel, en crème, en liqueur, dans tous ces produits dont tu nous as parlé au départ ?

Mais en réalité, l’important, c’est de toujours être à l’affût de nouveautés, d’être en recherche et développement. Nous, on s’entend, il n’y a pas beaucoup de littérature, de spécialistes dans le monde des alcools de miel. Donc, on a vraiment utilisé des savoirs qui étaient transversaux, en fin de compte. Donc, on a emprunté autant au monde de la bière, de la distillerie, des whisky, vraiment du vin, des cidres. Puis on s’est quand même fait accompagner par des spécialistes de leur milieu, que ce soit des chimistes, des microbiologistes pour la sélection des levures. Après ça, en transformation, on est plusieurs membres de notre équipe à être allés suivre des formations. Mais tu sais, premièrement et avant tout, on était tous curieux quand même. Donc on avait toujours à coeur de dépasser nos limites, de dépasser le cadre qu’on s’attend normalement, comment on peut mettre en valeur un miel. On s’est dit que c’est un sucre qu’on peut valoriser, qu’on peut mettre en valeur de plein de façons, comment on peut l’exprimer, comment on peut le faire rayonner. On s’est bien entouré et on a fait beaucoup de recherches et de développement. On en est rendu où est-ce qu’on en est, puisque on est curieux. Plusieurs de nos tests ont bien réussi.

Dans un pays où, quand on parle de sucre, on pense avant tout au sirop d’érable, vous êtes un peu à contre-courant, non ?

Oui, tout à fait, tout à fait. On s’entend que le sirop d’érable, au Québec, occupe quand même une grande place, mais le miel, pour nous, c’est vraiment un sucre qui se doit d’être revalorisé aussi parce qu’il s’inscrit tellement dans notre terroir. On s’entend, quand on pense aux abeilles, une abeille va butiner de 3 à 5 kilomètres de rayon autour de la ruche. D’une région à l’autre, même au Québec. Même nous, au Centre du Québec, d’un producteur à l’autre, mais les saveurs de nos miels vont vraiment changer, même d’une saison à l’autre. C’est ça qui est vraiment intéressant, de pouvoir comparer, de pouvoir goûter. Le miel, autant à son état pur que dans des produits transformés comme nos alcools, mais on est en mesure d’identifier cette signature-là qui est propre aux fleurs que les abeilles vont avoir butinées. On trouve que c’est tellement la plus belle carte postale qu’on ne peut pas avoir lorsqu’on visite un endroit, d’avoir cet échantillon-là d’un territoire donné à une période donnée, pour nous, c’est quelque chose qui ne peut pas être imité, qui ne peut pas juste être fait à l’étranger et mettre un stamp là-dessus. Pour nous, le miel, c’est vraiment quelque chose qui est vraiment une carte postale de la floraison d’un territoire qu’on a eu la chance de visiter. Bref, tu vas peut-être me dire que je suis vendu, mais moi je trouve que c’est tellement intéressant en fin de compte d’être en mesure de pouvoir le valoriser, de pouvoir le partager. Puis lorsque le miel est bien travaillé, on est en mesure d’avoir toutes ces subtilités-là. Bref, moi je trouve que ça fait toute la force de cette matière première-là qui est ramassée vraiment avec un grand travail de la part de nos petites ouvrières qui en arrachent souvent de ce temps-ci aussi.

Qu’est-ce que tu aimes le plus toi aujourd’hui dans ton quotidien ?

Je pense que l’élément que j’aime le plus, c’est d’être en mesure d’aller à la rencontre des gens, de leur présenter vraiment les produits d’exception qu’on est en mesure de faire, de voir dans leur regard qu’ils viennent de découvrir quelque chose auquel ils ne s’attendaient pas. Je pense que le fait d’être en mesure de transformer une matière première, puis de transformer en spiritueux, c’est quelque chose qu’il y a peu de gens qui font au Canada, puis même en Amérique du Nord. Puis d’être en mesure que les gens qui goûtent à ça font comme « Je ne connaissais pas ça, puis c’est vraiment bon, c’est une révélation ».

Je trouve que c’est c’est vraiment quelque chose que j’aime vraiment beaucoup, qui est très valorisant, de pouvoir avoir d’une part cet échange-là avec les gens, mais aussi d’avoir un peu le sentiment du truc accompli. Je pense que c’est vraiment du succès accompli. Je pense que c’est quelque chose qui, pour ma part, m’anime particulièrement dans le travail qu’on fait.

Tu sais que Québec Le Mag’ s’adresse principalement au public français, au public européen francophone. Donc s’ils doivent construire un road-trip au Québec dans lequel il y aurait la Miellerie King, qu’est-ce que tu leur proposerais ? Qu’est-ce que tu leur conseillerais toi d’aller voir autour de Kingsley Falls ?

Mais moi, je pense que lorsqu’on est gourmand, c’est vraiment un arrêt incontournable de venir dans notre région. Il y a vraiment plusieurs événements. Vous pouvez venir à l’année. On a élaboré quelque chose qui s’appelle le Circuit gourmand. Vous pouvez aller sur circuitgourmand.com. On a énuméré l’ensemble des attraits gourmands qui se retrouvent dans un rayon de 20 kilomètres de chez nous. Puis en faisant une petite énumération, on est à près d’une cinquantaine de producteurs qui sont vraiment limitrophes à notre endroit. Si vous êtes amateur de fromage, on a plein de super bonnes fromageries, plusieurs même qui ont gagné des prix à l’international, qu’on pense à la fromagerie du Présbytère, à Fromage Warwick. Après ça, il y a des charcutiers, des gens qui font des olives, qui transforment le porc. Franchement, il y a une grande gamme de producteurs, puis c’est vraiment c’est super le fun de venir dans notre coin pour être en mesure de découvrir toute cette richesse-là en fin de compte agro-touristique. Puis l’affaire qui est le fun, c’est que la majorité des producteurs travaillent ici la matière première avec attention pour mettre en valeur notre terroir, pour être en mesure de vraiment sentir le Centre du Québec dans l’ensemble de ces produits-là. L’affaire qui est le fun, c’est que vous pouvez consommer un fromage, les vaches ont brouté les fleurs que mes abeilles ont sûrement butinées auparavant. C’est tout cet ensemble d’écosystèmes qui est vraiment super intéressant.

Puis la chose qui est le fun aussi à Kingsey Falls, c’est qu’on a un super beau jardin botanique également, un des plus renommés au Canada également. Ils ont plusieurs jardins thématiques, des belles chutes, des mosaïcultures. Puis mes abeilles vont également sûrement butiner plusieurs de ces fleurs-là, parce qu’on est à moins de cinq kilomètres de ce parc-là, donc c’est vraiment un hub qui est vraiment super intéressant à découvrir, puis surtout à venir goûter. Puis si vous avez la chance de venir au début du mois d’octobre, il y a un événement qu’on appelle la Balade gourmande qui est vraiment super le fun. C’est qu’on est plus d’une cinquantaine de producteurs de la région à accueillir les gens directement chez nous, puis on doit leur offrir au moins trois dégustations gratuites à chacun des endroits qu’ils visitent. En deux fins de semaine, vous n’aurez même pas le temps de faire le tour de l’ensemble des producteurs pour goûter à l’ensemble des produits qu’ils ont. C’est vraiment le fun. On se promène avec une petite glacière. Après ça, les trouvailles qu’on a faites, on va les manger en famille par la suite, les faire découvrir aux autres. Franchement, la Balade gourmande au début du mois d’octobre, c’est également un truc super intéressant à faire, surtout lorsqu’on vient voir nous autres, on est dans le côté des forêts mixtes, donc on voit vraiment toutes les feuilles changer de couleur à l’automne pendant qu’on se promène d’un village à l’autre pour aller faire nos escapades. Franchement, c’est un super voyage au Québec à planifier.

Pendant ces dix années d’existence de la Miellerie King, est-ce qu’il y a un souvenir, une anecdote qui t’a marqué avec un client ou dans l’équipe ou pendant que vous étiez en train d’installer les choses, de faire évoluer la miellerie ?

Mais nous, un des éléments vraiment marquants, c’était la création de notre crème alcoolisée, parce que c’était un projet un peu de fou, parce que lorsqu’on a regardé comment faire, parce que, t’sais, nous, le gag, c’est que notre mère, elle aimait vraiment beaucoup, mais elle aimait encore vraiment la crème d’alcool et tout ça, pis là, on s’est dit « Hey, faudrait essayer de créer un produit pour que ça nous revienne moins cher en fin de compte »,  t’sais, faire en sorte que l’on puisse s’auto-suffire en la matière. Puis là, le gag est en partie là, mais on s’est informé auprès de plusieurs consultants comment on fait pour faire une crème alcoolisée 100% québécoise. Puis il n’y en avait aucune qui existait au Québec. Puis la seule façon de créer une crème, c’était de prendre un pré-mix pré-alcoolisé déjà, puis de juste lui rajouter des saveurs, mais d’un produit qui venait des États-Unis. Puis pour nous, c’était inconcevable de vouloir mettre le terroir de notre région de l’avant. Surtout, on s’entend au Centre du Québec, on est une des régions laitières les plus importantes au Canada. Puis pour nous, c’était inconcevable de ne pas utiliser les produits laitiers de nos voisins au sein même de nos produits. Donc là, on a fait beaucoup de recherche et développement. Il a fallu justement qu’on fasse affaire avec une équipe de chimistes dans un centre de recherche à cinq heures de chez nous pour nous aider à développer notre produit. Puis après un an de recherche et développement à vraiment apprendre tout de A à Z, on était en mesure de développer notre produit, notre crème alcoolisée. Puis pour voir si elle pouvait se mesurer aux meilleures crèmes au monde, on l’a présenté à la World Liquor Award qui se tenait à Londres il y a deux ans. Puis on a remporté le prix de la meilleure crème alcoolisée au Canada. Pour nous, franchement, c’était vraiment la chose qui a vraiment validé le fait que nos efforts ont valu la peine, surtout qu’ils ont été reconnus par nos pères également. Franchement, c’était une épopée qui nous a franchement plu dans le cadre du développement de notre entreprise.

J’imagine. La dernière question avant de terminer cet épisode de podcast, si tes visiteurs ne devaient repartir qu’avec une seule chose de passage chez toi, qu’est-ce que ce serait ?

Mais c’est dur à dire parce que, t’sais, pour nous, on pense que la chose la plus importante, c’est de venir passer un bon moment agréable avec nous parce que, t’sais, lorsqu’on voyage, c’est ça qu’on veut rapporter, on veut rapporter des souvenirs, t’sais, puis les gens, lorsqu’ils viennent à notre rencontre, c’est vraiment ça qu’ils retiennent, c’est l’accueil, le fait qu’ils ont échangé un bon moment, qu’ils ont parlé avec nous, t’sais. Nous, c’est ça qu’on veut, que lorsque les gens repartent de chez nous, on veut qu’ils repartent avec la tête pleine d’idées, avoir découvert plein de nouveaux produits. Mais c’est sûr et certain que si on parle d’un produit en particulier, c’est toujours dur d’en déterminer un parce que c’est comme demander à un parent de choisir son enfant préféré. Donc, c’est quelque chose pour nous qui est quand même assez complexe. Et moi, je pense que la force de notre entreprise, c’est qu’on a une grande variété de produits. Puis que chaque personne peut trouver un peu chaussure à son pied. Si vous aimez les produits secs, on en a. Si vous aimez les produits un peu plus sucrés, on en a également. Si vous aimez les spiritueux à 40% d’alcool, il y en a des disponibles. Si vous préférez les crèmes, on en a. Donc franchement, vous cherchez un produit qui va vous faire découvrir le miel sous une toute nouvelle facette. La Miellerie King, c’est vraiment l’endroit à visiter au Québec.

Vous l’avez compris, René, c’est un vrai passionné de son métier, de son terroir, de ce qu’il fait, de ses produits, de ses abeilles. Allez lui rendre visite, allez rendre visite à la famille. Franchement, ça vaut la peine.

Plus d’infos : https://www.quebeclemag.com/miellerie-king/

Merci René pour ce partage, pour cette découverte.

Un grand plaisir. Au plaisir de se voir bientôt.

Oui, au plaisir de te voir bientôt. Nous, au plaisir de se réentendre bientôt pour un nouvel épisode dans lequel on vous parlera encore une fois de tout ce qui est bon, de tout ce qui est beau au Québec. À très bientôt.

Québec Le Mag'

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