Boréalis | Essentiel


Découverte d'un des musées les plus surprenants du Québec avec son directeur du patrimoine Romain Nombret

Imaginez un peu le Québec d’il y a un siècle. On est le long du fleuve Saint-Laurent et puis il y a des villes entières, des milliers d’ouvrières et d’ouvriers qui participent à ce qui a été une des plus grandes aventures industrielles de la région, la fabrication du papier. Cette histoire, elle vibre encore aujourd’hui dans un lieu unique qui est installé au cœur même d’une ancienne usine de pâte et de papier.

Ce lieu, on l’appelle Boréalis.

Dans ce nouvel épisode du podcast de Québec Le Mag, on va découvrir comment cette industrie du papier a façonné une ville, une région, pourquoi le papier québécois a conquis le monde entier, Comment Boréalis fait revivre aujourd’hui le quotidien de celles et de ceux qui ont construit cette épopée, et de quelle manière le lieu continue d’évoluer pour s’intéresser notamment aux nouveaux enjeux auxquels fait face la forêt boréale québécoise.

Je m’appelle Karim Binon, je vous emmène à la découverte d’un des musées les plus surprenants du Québec, en compagnie de mon invité du jour Romain Nombret, qui est le directeur du patrimoine de Boréalis.

Bonjour Romain !

Bonjour !

Romain Nombret - Boréalis

Romain Nombret – Boréalis

Bienvenue, merci de nous accueillir sur ce que je pense être la terrasse du restaurant de Boréalis, c’est ça ? 

Oui, tout à fait, sur la terrasse saisonnière où on peut prendre un bon déjeuner – parce qu’ici, c’est le dîner, mais en France, c’est le déjeuner – ainsi que le dîner le soir, donc tout l’été du mois de juin au mois de septembre.

Romain, première question, premières questions au pluriel, très pratiques, très pragmatiques. Où se trouve le musée Boréalis ? Comment peut-on s’y rendre ? Et puis, à quel moment peut-on le visiter ?

Alors Boréalis se situe à Trois-Rivières, donc c’est la ville qui se situe vraiment entre Québec et Montréal. C’est très accessible, on prend l’autoroute. Par l’autoroute 20, on prend le pont La Violette, on se rend à Trois-Rivières. Par l’autoroute 40, on sort directement à Trois-Rivières. Et c’est à littéralement 5 minutes de la sortie d’autoroute, le long de la rivière Saint-Maurice, à la confluence avec le fleuve. Et donc c’est un lieu qui est magnifique et très accessible et à voir à Trois-Rivières.

Quel est le meilleur moment pour le visiter ? En fait, toute l’année on est ouvert. Boréalis a différentes facettes suivant les saisons, mais le highlight c’est bien évidemment l’été parce qu’on offre plus de services, il y a plus de choses à faire et évidemment on peut aussi se promener dehors et c’est très agréable.

Boréalis - Photo Damien Lair

Boréalis – Photo Damien Lair

J’ai évoqué assez brièvement dans mon introduction le sujet, les sujets qui sont abordés dans le musée Boréalis. Des sujets qui, à la base, ne semblent pas extrêmement amusants. Et pourtant, pour l’avoir visité moi-même, je sais qu’à Boréalis, on ne s’ennuie jamais. Comment faites-vous ?

Eh bien d’abord, je pense qu’il faut réexpliquer un peu ce qu’est Boréalis parce que quand on entend musée de l’industrie papetière, on peut imaginer un endroit très technique avec des machines, des chiffres, des statistiques et beaucoup de panneaux à lire. Mais en fait, je vous rassure tout de suite, ce n’est pas du tout ça. Et ce n’est pas que ça d’ailleurs. En fait, on parle de papier, mais Boréalis, c’est avant tout un musée de mémoire. On raconte l’histoire de milliers de femmes et d’hommes qui ont construit le Québec moderne grâce à cette industrie qui a longtemps été un des moteurs économiques du pays.

Ce qui rend Boréalis particulier, c’est qu’on a choisi de raconter cette histoire à travers les personnes qui l’ont vécue. On a recueilli plus de 130 témoignages vidéo et audio de personnes qui ont vécu cette industrie de près ou de loin. Et quand on visite le musée, on raconte pas seulement une industrie, on raconte aussi les êtres humains qui l’ont bâtie.

On entend leurs souvenirs, leurs anecdotes, leur accent pas toujours facile à comprendre, leur fierté et parfois même leurs émotions. Et tout à coup, l’histoire devient beaucoup plus concrète. D’ailleurs, en fait, c’est quelque chose qui surprend souvent nos visiteurs français, et tous nos visiteurs d’ailleurs, même si les histoires se déroulent à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux, en fait, ils s’y reconnaissent tout le temps. Parce qu’au fond, on parle du travail, de la famille, de la transmission avec les générations, de la vie en communauté. C’est des thèmes assez universels, à mon sens. Et puis, pour rendre tout ça accessible, on utilise énormément d’archives photographiques aussi, des films d’époque. Des enregistrements sonores, des témoignages, comme je l’ai déjà dit, et ça permet aux visiteurs de tous âges de s’approprier les contenus. Les enfants y trouvent leur compte, évidemment, les passionnés d’histoire aussi. Il y a plusieurs niveaux de lecture et c’est probablement ce qui résume le mieux Boréalis. On n’a pas besoin de connaître quoi que ce soit à l’industrie papetière, on n’a pas besoin d’être un ingénieur pour apprécier la visite. En revanche, on en ressort avec une meilleure compréhension du Québec et des gens qui l’ont bâti.

Ce dont je me souviens assez bien chez Boréalis, c’est qu’il y a une vraie scénographie autour de la visite.

Tout à fait. On a renouvelé l’exposition permanente du musée en 2024, donc des grands travaux, et on s’est posé une question toute simple : « Comment on fait en sorte que les visiteurs ne fassent pas seulement qu’apprendre quelque chose, mais qu’ils vivent véritablement toujours une expérience ? » Une expérience selon les publics aussi. Il y a plusieurs parcours de visite selon les publics. Donc aujourd’hui, les gens ne visitent pas un musée comme il y a 30 ans non plus, on le sait. Ils veulent ressentir les lieux, être plongés dans une ambiance, comprendre avec les émotions aussi, autant qu’avec leur tête. Il en faut un peu pour tout le monde. Et c’est exactement l’approche qu’on a adoptée à Boréalis.

Boréalis - Photo Etienne Boisvert

Boréalis – Photo Etienne Boisvert

Dès qu’on entre dans l’exposition, on est enveloppé dans une ambiance qui est engageante, qui sollicite les sens. On se retrouve dans un environnement qui évoque autant le territoire que les gens qui l’ont habité. Le bâtiment lui-même, tu l’as visité, il participe à l’expérience. On est dans l’ancienne usine de filtration d’eau de la CIP qui a été quand même la plus grande usine de papier journal au monde pendant son âge d’or. Les visiteurs sont déjà dans un lieu patrimonial, symbolique, authentique avant de commencer la visite. On a aussi voulu rendre le musée plus vivant et plus accessible. On peut toucher, découvrir différentes textures, on peut manipuler des éléments interactifs et même approcher des artefacts de très très près. On n’est vraiment pas dans un musée où tout est derrière une vitre et on a peur de faire sonner une alarme à chaque pas qu’on fait, j’en connais. L’ensemble du parcours a été pensé pour stimuler plusieurs sens à la fois, permettre à chacun de découvrir le musée à son propre rythme.

Les enfants y trouvent les expériences concrètes et amusantes, tandis que les adultes peuvent approfondir les sujets qui les passionnent davantage. Donc au final, on ressort avec l’impression d’avoir vécu un vrai moment et pas seulement d’avoir juste consulté de l’information dans une exposition.

Sans dévoiler ce qu’on découvre, ce qu’on vit à l’intérieur de Boréalis, est-ce que tu peux en quelques mots, en quelques phrases, nous parler un peu de cette industrie et de pourquoi c’est quelque chose qui aujourd’hui est important dans la mémoire du Québec ?

En fait, l’industrie papetière, c’est au début du XXe siècle que ça s’est développé, puis partout au Québec et même, j’ose dire, au Canada, ça a forgé des villes, ça a forgé des familles, des communautés entières autour de cette industrie-là, qui employait énormément de personnes et qui était un des moteurs économiques principaux, et particulièrement à Trois-Rivières, où la ville est passée de 7000 personnes à plusieurs dizaines de milliers de personnes en quelques années seulement, avec le plus grand centre papetier au monde dans les années 30 et 40. C’était la capitale mondiale du papier journal.

Alors tout ça, ça a laissé une trace importante dans l’héritage et l’histoire du Québec. Et il y a eu aussi les moments plus difficiles avec les fermetures d’usines, qu’on aborde d’ailleurs à Boréalis, dans les années 90 et 2000, qui sont des fractures très importantes dans les communautés, et notamment à Trois-Rivières, mais qu’aujourd’hui, finalement, on peut aborder sous un angle différent à l’aide de ces témoins-là qui nous livrent leurs émotions de l’époque.

Boréalis - Photo Etienne Boisvert

Transformations – Boréalis – Photo Etienne Boisvert

On est capable de les aborder et d’une part peut-être d’en tirer des leçons, mais aussi de vivre ce que ces gens ont vécu à travers ces moments difficiles, vraiment très difficiles. Et finalement, l’industrie aujourd’hui a rebondi et se transforme. Et c’est le titre de notre exposition, Transformation, qui aborde ces thèmes de changement de société, mais aussi de l’industrie et du bâtiment. C’est un titre bien senti, je pense, pour cette expo.

Oui, tu l’as dit juste avant, Romain, c’est un musée dans lequel on peut toucher les choses, on peut sentir les choses. C’est assez rare dans un musée parce que souvent tout est protégé, sous verre ou sous bulle. On ne peut justement pas approcher de ces éléments qui sont assez rares, qui sont précieux. Là, vous, au contraire, vous invitez les gens à s’engager et à venir presque faire jouer les cinq sens.

Tout à fait, c’est vrai que c’est plutôt rare dans les musées où on a l’habitude que tout est sous cloche et de ne rien pouvoir toucher. Même dans les musées d’art contemporains où ça sonne des fois quand on est trop proche. Je l’ai vécu à Paris au mois de mars, j’en ai eu plein d’exemples. Mais en fait, moi, je prends une approche un peu différente, un peu moins conservatrice. Oui, on prend soin de nos objets, on en prend soin.

Mais par exemple, moi, j’ai des godendarts, c’est des scies à deux hommes, donc les longues scies avec deux manches. J’en ai au moins six ou sept dans la collection. Il y en a une qui est dédiée à l’expo. Les gens peuvent toucher aux manches. L’optique c’est aussi de se connecter avec l’objet pour comprendre la vie des gens. Et on peut toucher les artefacts qui sont dans la collection de Boréalis. Je sais que c’est moins puriste comme approche, mais je pense que pour connecter avec le public, aujourd’hui les musées doivent décloisonner leur collection, doivent donner accès à tout ça, tout en préservant quand même. Donc on préserve quand même ces artefacts, mais on en a tellement qu’on peut en faire profiter un peu le public.

Tu viens de parler aussi de l’évolution de l’industrie des pâtes de papier. On ne produit plus de pâtes de papier à l’endroit où tu te trouves, mais c’est en effet une industrie qui continue de fonctionner. Et Boréalis intègre aujourd’hui une réflexion par rapport à ça pour devenir, en plus d’un musée d’histoire et patrimoine, un vrai musée de société.

Tout à fait.

Boréalis demeure quand même un musée d’histoire de patrimoine, notre mission première reste de préserver le bâtiment, transmettre la mémoire de l’industrie papetière. Mais aujourd’hui, on se situe aussi un petit peu à cheval sur un musée de société quand même, à Boréalis, grâce à cette nouvelle expo. Concrètement, ça signifie que nous ne racontons plus seulement ce qui s’est passé. Nous cherchons aussi à comprendre ce que cet héritage nous dit sur le monde actuel et sur les défis que nous devons relever collectivement aussi. L’industrie papetière est un excellent point de départ pour ça, parce que dès qu’on parle de papier, on parle de forêt. Du bois.

Boréalis - Photo Etienne Boisvert

Transformations – Boréalis – Photo Etienne Boisvert

Dès qu’on parle de forêt, on parle d’environnement, on parle d’aménagement du territoire, d’économie, de communauté, de notre relation à la nature. C’est ça enfin, c’est une boucle comme ça qui nous amène très loin. Et dans l’exposition Transformation, qui est la nouvelle exposition permanente, nous abordons donc autant l’histoire industrielle que les grandes transformations qui ont marqué le Québec et qui continuent de façonner son avenir. Ce qui est intéressant, c’est que ces réflexions restent toujours très accessibles. On ne cherche pas à faire la leçon à personne, évidemment. On propose plutôt différentes perspectives, différents points de vue pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Et particulièrement, en l’occurrence, la forêt mauricienne, mais qui peut s’appliquer à n’importe quelle autre forêt, évidemment. Parce qu’au fond, l’histoire n’est pas seulement derrière nous, elle nous aide aussi à comprendre le présent et à imaginer l’avenir. Pour moi, c’est essentiel et on doit sensibiliser dans ce sens-là.

Oui, parce que la forêt a toujours été, et est toujours d’ailleurs, un élément essentiel du mode de vie québécois. Il y en a partout, elles sont gigantesques. Ça fait de Boréalis un lieu qui est presque devenu aussi un lieu de sensibilisation au final.

Oui, tout à fait. Puis c’est tout à fait ça. On veut sensibiliser. Effectivement, quand je dis on ne veut pas faire la morale, c’est vraiment ça. Boréalis, c’est un lieu d’éducation comme tout musée et donc de sensibilisation. Chaque année, d’ailleurs, on accueille des milliers d’élèves du primaire jusqu’à l’université, mais ça ne s’arrête pas là. Évidemment, on vise à sensibiliser tous nos visiteurs. Notre objectif, ce n’est pas simplement de transmettre des connaissances, mais c’est de donner à tous des outils pour mieux comprendre les grands enjeux qui nous entourent. Et la forêt, encore une fois, c’est un bon exemple.

Pendant longtemps, elle a été surtout perçue comme une ressource à exploiter. Puis j’ai l’impression qu’encore un peu aujourd’hui. Mais aujourd’hui, on comprend quand même qu’elle est aussi un milieu de vie, un écosystème complexe, un élément important de l’identité québécoise, comme tu l’as dit. Et à travers l’histoire et l’industrie papetière, on peut donc aborder des thèmes très actuels comme la gestion du territoire, les changements environnementaux, la biodiversité, la transition vers des pratiques plus durables. Et ce qui nous intéresse, c’est qu’on ne cherche pas à donner des réponses toutes faites. Encore une fois, on veut susciter la curiosité des plus jeunes comme des moins jeunes. Développer l’esprit critique. Aujourd’hui, on sait que c’est quand même quelque chose de très important. Et le musée devient un lieu d’apprentissage, aussi un lieu de dialogue, où chacun peut réfléchir à sa relation avec son territoire et aux choix de société qui nous attendent.

Moi, ce que j’aime beaucoup, c’est voir une petite famille quitter Boréalis et que les enfants posent des questions à leurs parents ensuite. Ça, on sent tout de suite qu’il y a un message qui a été passé de sensibiliser et là, on dit qu’on a tout gagné quand on voit ça.

Boréalis - Photo Etienne Boisvert

Boréalis – Photo Etienne Boisvert

Ce mode de vie, cette ressource, avant de participer à cette grande épopée industrielle qu’est l’industrie de la pâte et du papier, elle était habitée déjà par les Premières Nations, par les communautés qu’aujourd’hui vous mettez aussi en avant dans le musée.

Oui, tout à fait. En fait, quand on a renouvelé l’exposition permanente, on a aussi changé notre manière de raconter l’histoire. Pendant longtemps et encore parfois aujourd’hui, l’histoire industrielle, elle est souvent racontée à travers les entreprises, les machines, les techniques, les grands bâtisseurs. C’est une partie importante du récit qu’on garde, évidemment, mais ce n’est pas la seule. On a choisi d’adopter un regard anthropologique pour cette exposition permanente, pas seulement historique, mais vraiment anthropologique, c’est-à-dire qu’on s’intéresse davantage aux personnes, aux cultures et aux différentes façons de voir le monde. Et ça nous a amené à intégrer plusieurs perspectives qui étaient moins présentes auparavant, notamment celle de la nation Atikamekw, qui est une des premières nations du Québec et dont le territoire se situe au nord de Trois-Rivières. Donc il y avait beaucoup d’échanges avec les Atikamekw et ils ont fait partie intégrante et prenante de cette industrie aussi. On a pu travailler avec des membres de la communauté, notamment des aînés, afin d’inclure leurs témoignages vis-à-vis de l’industrie et leur vision du territoire. Et une idée revient souvent dans leur récit. La phrase clé et marquante dans tout ça, c’est que l’idée, c’est celle que nous appartenons à un territoire davantage que nous ne le possédons. Alors ça, ça change tout le paradigme.

Quand on prend ce point de vue-là, pour moi, c’est très fort. Et on devrait d’ailleurs s’en inspirer plus souvent. Et pour plusieurs visiteurs, justement, cette façon de voir les choses, c’est à la fois simple et profondément différent aussi de leur manière de penser habituelle. Ce n’est pas qu’une question encore d’avoir tort ou raison, c’est plutôt une invitation à découvrir d’autres façons de comprendre le monde, notre relation à la forêt, au territoire. Et puis au-delà de tout ça, on a aussi également accordé davantage de place à d’autres perspectives, souvent mises de côté dans l’histoire, la place des femmes dans l’industrie évidemment, les familles ouvrières, les réalités humaines qui entourent l’industrie aussi. Ça nous permet d’élargir le récit, de montrer que derrière chaque grande aventure du ciel, il y a avant tout des personnes. C’est vraiment toujours ça. Nous, on revient toujours à l’humain, à Boréalis.

Et je crois que les musées ont un rôle important à jouer dans cette ouverture à l’autre. Ça permet de découvrir des réalités différentes, de développer l’empathie et parfois même de remettre certaines certitudes en question. Et encore une fois, quand on voit des visiteurs un petit peu ébranlés, parce qu’à Boréalis, on vit des émotions en tout genre. Et quand on est un petit peu ébranlé face à tout ça, Pour moi, je me dis que la mission est remplie parce que ça permet, dans mon sens, d’avoir touché une personne, peu importe la manière dont on va le faire.

Dans l’ancienne usine de filtration, c’est ça, dans laquelle se trouve le musée en lui-même, il y a d’autres éléments extrêmement interactifs qui viennent enrichir la visite, notamment le nouvel interactif qui prend la place, il me semble, de l’expérience de filtration qu’on faisait à l’époque où moi je l’ai visité. Et puis il y a aussi le fameux atelier de création de pâte à papier.

Tout à fait. Alors, je vais commencer par ça. C’est sûr que nous, l’atelier de papier, c’est le highlight un peu de Boréalis depuis le jour 1. On a essayé de le réinventer mille et une fois, mais il est exactement comme il était le jour 1 parce que c’est la meilleure manière de le faire.

Boréalis - Photo Etienne Boisvert

Boréalis – Photo Etienne Boisvert

En fait, tout simplement, le visiteur arrive et fait dans notre laboratoire une feuille de papier de ses mains. Il repart avec et au bout de deux jours, elle est sèche et il peut l’utiliser comme bon lui semble. Alors ça, c’est quelque chose qui reste de quatre ans, je dirais, à… en fait il n’y a pas de limite. Tout le monde peut faire son papier.

NDLR : l’atelier de papier est est disponible tous les jours en saison estivale, de la fin juin au début du mois de septembre. Hors de cette période, l’atelier est disponible seulement les samedis et dimanches.

Et puis, tu mentionnais aussi de l’interactivité. Oui, dans l’exposition permanente, on a voulu faire en sorte que les enfants, mais aussi les grands enfants, s’y retrouvent aussi. Il faut pouvoir toucher, manipuler. Et donc, on a un jeu. C’est un des moments préférés des familles, d’ailleurs, dans l’exposition, qui est consacré à l’usine de filtration d’eau dans laquelle on se trouve. En fait, ça explique comment fonctionne, comment fonctionnait l’usine tout en étant dans le jeu. Et on sait que par le jeu, c’est plus facile d’apprendre aussi. Alors, la fonction du bâtiment, c’était de prendre l’eau dans la rivière, de la filtrer pour l’acheminer ensuite dans l’usine à côté pour faire du papier, parce qu’il faut énormément d’eau pour faire du papier. Dans la recette, c’est 99% d’eau et 1% de fibres de bois quand même. Donc, il faut beaucoup d’eau et de l’eau propre, sinon, le papier jaunit ou il ne sera pas de bonne qualité.

Et donc, dans cet espace-là, on arrive, il y a plusieurs stations, et le but du jeu, c’est de repartir l’usine. Il y a plusieurs stations à faire physiquement, il faut pomper, il faut tourner, il faut remettre dans le bon ordre, et en travaillant de manière collective et simultanée, on arrive à repartir l’usine, et à la fin, on a une petite récompense. Et je vois des familles le faire cinq fois, six fois, c’est très amusant, puis en fait, c’est très simple, mais en même temps, c’est très engageant, alors je pense que ça fonctionne bien. J’aime ça voir les enfants expliquer à leurs parents que c’était ça les étapes dans l’usine et ça marche très bien.

Puisqu’on parle d’eau, et notamment l’eau qui se trouve derrière toi, l’exposition se poursuit sur l’eau désormais.

Tout à fait. Depuis 2023 – le temps passe vite – on propose une activité qui prolonge littéralement le musée sur la rivière. Ça s’appelle Histoire sur l’eau.

Les visiteurs embarquent à bord de l’un de nos deux pontons. Ce sont des bateaux électriques qui remontent la rivière Saint-Maurice dans une atmosphère vraiment contemplative, décontractée. Le rythme est vraiment propice à la déconnexion. Chaque personne même a un confort, il y a un siège, chacun qui tourne à 360 degrés. C’est très confortable, il y a beaucoup de place, on voit très bien le paysage. Et pendant le trajet, on a une trame sonore immersive qui accompagne la découverte.

Boréalis - Photo Sophie Toutant Paradis

Boréalis – Photo Sophie Toutant Paradis

En fait, ce qui est original, c’est que la narratrice de cette bande sonore, c’est la rivière elle-même qui se dévoile. Et vu que nous, on est quand même un musée, on a entrecoupé ça de témoignages aussi. Donc il y a des objets de notre collection, des témoignages qui viennent entrecouper la narration, y compris justement de membres de la nation atikamekw. Au fil du parcours, on découvre la drave sur la rivière, l’industrie papetière mais d’un point de vue de la rivière, les grandes transformations du territoire, la présence de la nation atikamekw et sa vision de la rivière et de son histoire, ainsi que la richesse de la faune et de la flore. On a une multitude de thèmes qui complètent la visite du musée, qui ne sont pas redondantes. Et on a aussi des capitaines très sympathiques qui racontent en plus des anecdotes, qui répondent aux questions. Et comme il n’y a pas un bruit autour de nous, vu qu’on est sur des bateaux électriques, on peut s’entendre parler. C’est très agréable. Et le résultat, en fait, c’est que c’est assez unique au Québec. J’ai fait beaucoup de recherches. Il n’y a pas d’équivalent en termes d’expérience sur l’eau.

En fait, on ne visite plus seulement un musée, on navigue à travers l’histoire, dans le paysage même où elle s’est déroulée. Et pour moi, ça, c’est très fort. Et pour une équipe de musée, s’embarquer dans une aventure comme ça, ce n’était pas gagné d’avance, mais on est très fiers du résultat.

NDLR : la croisière Histoire sur l’eau est disponible tous les jours en saison estivale, de la fin juin au début du mois de septembre.

Vous pouvez.
Ce n’est pas parce qu’on parle de passé qu’on n’est pas moderne non plus. Et Boréalis intègre aujourd’hui des technologies qui sont résolument modernes, la 3D notamment, avec la partie Ma Belle Saint-Maurice, et puis même l’intelligence artificielle désormais.

Oui, tout à fait. Et puis ça, c’est mon petit côté geek qui amène des fois à certaines technologies émergentes dans le musée. On aime expérimenter. Moi, je trouve que le musée, c’est un beau laboratoire pour regarder ce qui fonctionne avec les visiteurs. Et puis, des fois, on a des bons coups, des fois, ça fonctionne moins bien.

Avec Ma Belle Saint-Maurice, les visiteurs, au courant de la visite – c’est inclus dans le parcours de visite, -arrivent dans une salle, ils enfilent un casque de réalité virtuelle. Et ils se retrouvent plongés dans un court métrage à 360 degrés consacré à la rivière Saint-Maurice. Ce n’est pas une démonstration technologique. On est vraiment dans une expérience sensible et poétique. Ça ne bouge pas dans tous les sens. Je sais que le VR fait encore des fois un peu peur, mais là on est vraiment dans quelque chose de très doux. Et en fait, ça nous invite à regarder la rivière autrement. C’est d’ailleurs un des coups de cœur de nos visiteurs. C’est pour ça qu’on l’a repris cette année. C’est la deuxième année.

NDLR : l’expérience Réalité Virtuelle Ma Belle Saint-Maurice est disponible tous les jours en saison estivale, de la fin juin au début du mois de septembre.

Et comme tu disais aussi, cette année, on teste quelque chose de nouveau. Puis encore une fois, c’est vraiment en mode laboratoire. On verra ce que les visiteurs nous diront. C’est d’utiliser l’intelligence artificielle générative. L’idée, c’est de permettre aux visiteurs de choisir un parcours thématique. En plus de la visite qu’ils auraient peut-être déjà faite ou en complément, directement sur leur téléphone. On a un code QR au début, on choisit le sujet qui nous intéresse et après ça, il y a un narrateur virtuel qui commence un audio tour finalement et qui les accompagne pendant une visite.

Donc chaque parcours est généré en temps réel, c’est-à-dire qu’il est unique pour chaque personne et le visiteur peut même poser des questions au narrateur ou à la narratrice suivant la personne qu’il a choisie et ça crée vraiment un tour personnalisé. Pour moi, c’est assez bluffant aujourd’hui parce qu’on ne distingue, pour être franc, plus vraiment que la voix de synthèse qui nous parle, elle n’est pas humaine. On est rendu à une espèce de ligne là où on perçoit beaucoup moins le fait que ce n’est pas une voix humaine qui nous parle directement.

En fait, ce qui est important pour moi, c’est que l’intelligence artificielle travaille uniquement avec les contenus scientifiques et historiques validés par l’équipe. Donc, elle ne va pas chercher des réponses sur Internet, elle va chercher des réponses seulement dans la base de données qu’on lui a fournie. Donc, il n’y a pas d’hallucination sur telle ou telle affaire. Là, c’est vraiment des vraies informations. Et ça nous permet d’offrir une expérience vraiment personnalisée tout en conservant une rigueur et une fiabilité attendues. Moi, je tiens quand même à dire que je ne suis pas un défenseur inconditionnel ni un opposant à l’IA. En fait, moi, ce que je crois, c’est à son utilisation intelligente, tout simplement, responsable et contrôlée. Alors, quand elle permet de mettre le patrimoine en valeur et le rendre plus accessible, je pense qu’on peut s’y intéresser, puis on verra le feedback des visiteurs cet été. Mais pour être franc, c’est assez bluffant ce qu’on peut faire aujourd’hui.

On a compris Romain, en t’écoutant, qu’il y a moyen de passer un bon moment, un long moment, chez Boréalis, à travers l’exposition permanente, les interactifs, la visite en réalité virtuelle, la visite sur l’eau aussi. Si on décide de rester un peu plus longtemps dans la région, qu’est-ce que tu nous suggères ? Qu’est-ce que tu nous proposes de faire ?

Alors, il y a pas mal de choses à faire. C’est sûr qu’à Boréalis, comme tu l’as dit, on peut déjà passer presque une journée si on fait tout, parce qu’on peut effectivement manger en plus. Mais en fait, dans les environs, juste à côté de Boréalis pour le soir, il y a l’amphithéâtre Cogéco qui présente pendant l’été, pendant une période de l’été, des spectacles du Cirque du Soleil. Alors, pour un touriste qui viendrait à Trois-Rivières, ça peut être une belle façon de finir la soirée. En tout cas, c’est toujours des très beaux spectacles.

Pas très loin, à quelques minutes de marche, il y a le centre-ville parce que Trois-Rivières c’est quand même une petite ville et donc c’est très agréable de marcher jusqu’au centre-ville par la rue des Ursulines. On a la chance d’avoir un second musée au centre-ville qui s’appelle le manoir Boucher-Niverville qui est ouvert pendant l’été et donc ce manoir-là c’est la plus vieille maison de Trois-Rivières. Pas le plus vieux bâtiment mais la plus vieille maison et une des plus vieilles d’ailleurs au Québec, qui date de 1668. Et on a une exposition sur l’archéologie cet été, puis chaque année ça change.

Amphithéâtre Cogeco Trois-Rivières - Photo Cyrille Faré

Amphithéâtre Cogeco Trois-Rivières – Photo Cyrille Faré

Il y a aussi la Vieille prison de Trois-Rivières qui est un lieu pour moi qui est un grand coup de cœur. Je l’ai visitée de nombreuses fois. La vieille prison, c’est une visite d’expérience aussi, et le musée POP, c’est vraiment très intéressant au niveau culturel.

Et puis, évidemment, il y a tout le centre-ville, les restaurants, c’est beau, on se promène au bord du fleuve, Trois-Rivières, il y a vraiment de quoi faire maintenant. Et là, j’en passe, il y en a tellement aujourd’hui. On n’est plus la ville où on s’arrête quelques heures et puis on a fini notre visite dans Trois-Rivières. Il faut venir plusieurs journées pour être capable de l’apprécier.

Puis après ça, il y a la Mauricie dans le nord. Je sais qu’il y a beaucoup de Français qui viennent faire de la motoneige l’hiver, mais l’été aussi, il y a des pourvoiries pour pêcher, il y a le paysage, il y a les rivières. On peut tout faire dans le coin, c’est vraiment magnifique.

Tu l’as dit au tout début de cet épisode de podcast, c’est très facile d’y accéder. On se trouve quasiment à mi-chemin entre Montréal et Québec, qui est une route que la plupart des Français vont emprunter pendant leur voyage, pendant leur road trip au Québec, quel qu’il soit. Donc, s’arrêter à Trois-Rivières, c’est vraiment un must. On l’a compris.

Je peux ajouter même qu’il n’y a pas de trafic à Trois-Rivières, contrairement à Montréal. C’est toujours l’avantage concurrentiel. À Québec et Montréal, ça commence à être tout le temps un peu pris sur les routes. Ici, tranquille, tout le temps.

Tout le temps.

Merci beaucoup, Romain, pour cette visite, cette présentation de Boréalis.

Merci bien.

Plus d’infos sur Boréalis : https://www.quebeclemag.com/borealis-centre-histoire-industrie-papetiere/

Merci à toutes, merci à tous pour votre écoute, pour votre fidélité. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne de podcast, à nous laisser un avis aussi. On se retrouve très bientôt pour un autre épisode, une autre interview, une autre découverte d’un lieu incontournable à visiter au Québec. Romain, je te souhaite une très bonne journée. Je te laisse retourner à ton musée, à tes nouvelles expériences. Merci beaucoup et puis à la prochaine.

Au revoir.

Québec Le Mag'

Québec Le Mag'


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