Escapade d’automne en Lanaudière-Mauricie
Entre Montréal et Québec, la voie royale des couleurs et des plaisirs du Québec
Chaque année en septembre, quelque chose d’improbable se produit dans une petite ville de Mauricie. Saint-Tite, 4 000 habitants le reste de l’année, se transforme en capitale mondiale du western. Les bottes de cuir remplacent les bottes de pluie, les chapeaux Stetson coiffent les têtes, et les chevaux reprennent leurs droits sur l’asphalte pendant que les rodéos battent leur plein. Bienvenue au Festival Western de Saint-Tite, le plus grand événement du genre hors des États-Unis, et l’une des fêtes populaires les plus authentiques et étonnantes que le Québec ait à offrir. Mais au-delà des paillettes et des airs de country, c’est tout un territoire qui s’éveille entre Lanaudière et la Mauricie, avec ses pourvoiries, ses microbrasseries, ses labyrinthes en forêt et ses spas au bord de l’eau…
Festival Western de St-Tite – Photo Raph Sevigny
Certains événements transcendent leur propre folklore. Le Festival Western de Saint-Tite pourrait se résumer à ses chapeaux, à ses danses de ligne et à ses spectacles country, et ce serait déjà beaucoup, mais ce qui rend ce rassemblement vraiment singulier, c’est la façon dont il révèle le caractère profond du Québec rural : la convivialité franche, le goût du spectacle et de la fête, et ce rapport particulier à la terre et aux traditions qui résiste encore, ici, à l’uniformisation du monde. Pour un voyageur européen, venir au Festival Western de Saint-Tite, c’est découvrir un Québec qu’aucun guide ne décrit vraiment. Un Québec dont on se souviendra longtemps…
Festival Western de St-Tite – Photo Véronique Wilfort
Chaque année à la mi-septembre, et ce pendant dix jours, le Festival Western de Saint-Tite attire plus de 600 000 visiteurs venus de tout le Québec, du Canada anglophone et, de plus en plus, d’Europe. Les chiffres donnent le vertige pour une ville de cette taille : des dizaines de spectacles par jour sur plusieurs scènes, des centaines de stands artisanaux et gastronomiques, des compétitions équestres professionnelles et amateurs, des rodéos voyant s’affronter les meilleurs sportifs mondiaux, des défilés dans les rues, et cette ambiance de fête populaire totale qui commence dès le matin et ne s’arrête qu’à l’aube.
Festival Western de St-Tite – Photo Raph Sevigny
Les grandes stars de la musique country québécoise et nord-américaine s’y produisent chaque soir devant des foules électrisées, mais le festival ne se résume pas à ses têtes d’affiche. C’est dans les rues, dans les bars improvisés et au détour des stands artisanaux qu’il se révèle le mieux, quand on rencontre un artisan de Beauce ou un cavalier de Rimouski qui n’aurait manqué ça pour rien au monde. Ce qui frappe à coup sûr le voyageur européen durant le FWST, c’est l’authenticité du rapport à la culture western au Québec. Ce n’est pas un emprunt superficiel à la culture américaine, c’est une tradition proprement québécoise, héritée des défricheurs, des coureurs des bois et des éleveurs qui ont façonné l’arrière-pays de la Mauricie depuis des générations. Saint-Tite, ville de fabricants de bottes et de selliers réputés, en est l’expression la plus accomplie. Ici, on ne fait pas semblant, on fête pour de vrai !
Festival Western de St-Tite – Photo Véronique Wilfort
Avant de plonger dans l’effervescence de Saint-Tite, un préambule s’impose, celui de la nature de Lanaudière dans toute sa splendeur automnale. L’Auberge de la Montagne Coupée, à Saint-Jean-de-Matha, est l’endroit idéal pour cette mise en condition option ressourcement : perchée sur les hauteurs de Lanaudière avec une vue à 180 degrés sur la vallée et les collines boisées qui s’embrasent de rouge et d’or en septembre, l’auberge offre l’un des panoramas les plus spectaculaires de toute la région. Depuis la terrasse, par temps clair, le regard porte jusqu’à la plaine du Saint-Laurent.
Auberge de la Montagne Coupée – Photo Etienne Boisvert
En automne, ce tableau vivant de couleurs changeantes est l’un des plus beaux que la province puisse offrir. L’hébergement est à la hauteur du cadre : chambres soignées, atmosphère chaleureuse, table qui fait honneur aux producteurs régionaux. Mais ce qui distingue vraiment l’Auberge de la Montagne Coupée, c’est la sérénité qu’elle procure, ce calme particulier des hauteurs, loin de l’agitation, où le silence n’est troublé que par le vent dans les feuillages et le chant des oiseaux migrateurs qui amorcent leur descente vers le sud. C’est depuis ce cocon que l’on rejoint Saint-Tite le lendemain matin, frais et dispos, prêt à embrasser la fête des cowboys dans toute sa démesure.
Auberge de la Montagne Coupée – Photo Etienne Boisvert
Entre deux sorties festivalières, un détour par Lanaudière s’impose pour rendre hommage à l’un des personnages les plus fascinants – et sûrement les plus méconnus des voyageurs européens – de l’histoire populaire du Québec. Louis Cyr (1863-1912) est né à Saint-Cyprien-de-Napierville, mais c’est à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, qu’il a vécu les années décisives de sa légende. Reconnu comme l’homme le plus fort du monde de son vivant, ce colosse de 135 kilos a accompli des exploits physiques qui défient encore aujourd’hui l’entendement : soulever une plateforme sur laquelle avaient pris place dix-huit hommes (plus de 1 860 kg), retenir de ses épaules quatre chevaux tirant en sens contraire, ou encore soulever d’un seul doigt un poids de 250 kg.
Maison Louis Cyr
Des exploits que Louis Cyr a accompli sur les plus grandes scènes du monde, à Boston, Londres, Montréal, devant des foules médusées. Installée dans le village de Saint-Jean-de-Matha, la Maison Louis Cyr raconte ce destin hors normes à travers une exposition qui mêle archives, objets personnels et reconstitutions. On y découvre non seulement le sportif, mais l’homme – catholique fervent, père de famille aimant, figure populaire qui refusait de se laisser exploiter par les promoteurs américains qui voyaient en lui une attraction commerciale… C’est une rencontre inattendue avec un héros québécois dont la stature, au sens propre comme au figuré, mérite amplement la reconnaissance internationale qu’il n’a jamais tout à fait obtenue.
Maison Louis Cyr
En Mauricie, l’automne a des parfums de résine et d’aventure. C’est la saison parfaite pour s’engager dans le Labyrinthe Coureur des Bois, une expérience de plein air originale qui plonge les visiteurs dans l’univers des premiers explorateurs du continent – ces Français partis au XVIIe siècle s’enfoncer dans la forêt nord-américaine pour traquer le castor et tisser des alliances avec les Nations autochtones.
Labyrinthe Coureur des Bois – Photo Etienne Boisvert
Le concept est à la fois ludique et culturel : un vaste labyrinthe en forêt, ponctué d’étapes thématiques qui racontent l’histoire des coureurs des bois, leurs techniques de survie, leurs relations avec les Premières Nations et leur rôle fondateur dans la construction du Québec. En septembre et octobre, le décor automnal magnifie l’expérience. La lumière qui filtre à travers les feuillages rouges et dorés, l’air vif qui sent la terre mouillée, les ombres qui s’allongent en fin d’après-midi sur les sentiers balisés… tout conspire à créer une atmosphère d’exploration authentique, qui dépasse de loin le simple divertissement. Les familles y trouvent un programme complet et accessible, les curieux une porte d’entrée originale sur une page peu connue de l’histoire de la Nouvelle-France, et tous une façon différente de marcher dans la forêt mauricienne, avec l’impression, le temps d’une boucle, d’avoir mis les pieds dans les traces de ceux qui l’ont explorée en premier.
Labyrinthe Coureur des Bois – Photo Etienne Boisvert
On ne passe plus par la Mauricie sans s’arrêter à la Microbrasserie Le Presbytère. Lauréate aux Lauriers de la gastronomie québécoise, installée dans un ancien presbytère de pierre soigneusement réhabilité, cette brasserie artisanale est devenue en quelques années l’une des adresses épicuriennes les plus courues de la région. Mais aussi l’une des plus représentatives de ce renouveau gastronomique et artisanal qui transforme la Mauricie rurale en grande destination de bouche, tant pour son terroir que pour ses produits forestiers. Le brasseur Francis Boisvert et la cheffe Isabelle Dupuis ont construit ici quelque chose de rare : un lieu qui tient de la brasserie de quartier, du bistrot gastronomique et du refuge de voyageur, avec une cohérence de vision qui se retrouve dans chaque verre, dans chaque assiette.
Microbrasserie Le Presbytère – Photo Etienne Boisvert
Les bières – une gamme inventive et changeante, ancrée dans les produits et les saisons de la région – se marient naturellement avec une cuisine qui fait la part belle aux saveurs sauvages de la forêt, aux viandes régionales et aux légumes de maraîchers locaux. En septembre, pendant le Festival Western de Saint-Tite, l’endroit prend une dimension supplémentaire : il devient le repaire de ceux qui veulent vivre la fête à leur rythme, avec un verre bien fait et une bonne table comme contrepoints à l’agitation de la rue. La terrasse, aux beaux jours finissants, est sûrement l’une des plus agréables de toute la Mauricie. Une halte aussi délicieuse qu’inspirante.
Microbrasserie Le Presbytère – Photo Etienne Boisvert
Après l’effervescence du festival, le corps et l’esprit réclament un peu de calme et de silence. En Mauricie, cette sérénité-là se trouve naturellement au bord d’un lac, et la Pourvoirie du Lac Oscar en offre une version spécialement accomplie. Nichée dans un territoire forestier isolé de quelque 234 km2, accessible par une route qui laisse progressivement la civilisation derrière elle, la pourvoirie accueille ses hôtes dans un cadre de villégiature nordique où le temps se mesure en couchers de soleil et en prises de pêche.
Pourvoirie du Lac Oscar – Photo Raph Sévigny
L’automne est la saison d’or pour la cueillette de champignons – une des activités proposées par l’équipe du Lac Oscar – et bien sûr pour la pêche : l’eau est encore suffisamment chaude pour que les poissons soient actifs, les rives sont nimbées de couleurs flamboyantes, et les matins sur le lac, dans la brume fraîche de septembre, ont une beauté presque irréelle. Les chalets de la pourvoirie, solides et confortables, sont pensés pour des séjours en autonomie (cuisine complète, terrasse sur le lac, accès direct à l’eau). La journée se passe volontiers sur l’eau, pagaies ou canne à pêche entre les mains, à moins de partir en randonnée, à la chasse ou en excursion d’observation de la faune ; la soirée, au coin du feu, avec le silence de la forêt pour seul compagnie et la voûte étoilée rien que pour soi. On peut même aller plus loin dans le zen en participant à un atelier de Qi gong, de respiration consciente ou de méditation. Après dix jours de « iiiihaaaaaaa », c’est certain, on a trouvé le remède parfait !
Pourvoirie du Lac Oscar – Photo Raph Sévigny
Dans Lanaudière, une autre forme de ressourcement attend le voyageur, plus douce, plus sensorielle, fondée sur ce contraste thermique que les Nordiques ont érigé en art de vivre et que les Québécois ont adopté avec une passion qui ne se dément pas. La Source Bains Nordiques, fondue dans un magnifique écrin forestier de Lanaudière, est l’une des adresses les plus réputées de tout le Québec pour cette pratique régénératrice. L’automne est une saison particulièrement magique pour venir s’y adonner : la forêt qui entoure les bassins extérieurs brûle de ses dernières couleurs, l’air a cette légère piqûre fraîche qui rend le passage du chaud au froid encore plus intense, et la vapeur qui monte des bains se mêle à la brume matinale avec une grâce que l’été ne peut pas reproduire.
La Source Bains Nordiques – Photo Céline Tan Hsuan
Le rituel est simple, radical : chaleur intense, froid brutal, repos complet… et répéter. Après quelques cycles, le corps se détend profondément, le mental suit, et on ressort de là avec une légèreté qui tient du miracle physiologique. La Source Bains Nordiques a su créer un espace où cette expérience se vit dans toute sa dimension : bassins extérieurs fumants, saunas soignés, zones de repos en forêt, silence respecté. Ajoutez la beauté du site et les plaisirs de la table, et vous obtenez une escale bien-être qui mériterait d’être inscrite à chaque itinéraire québécois, quelle que soit la saison.
La Source Bains Nordiques – Photo Céline Tan Hsuan
Il y a en Mauricie une expérience que peu de visiteurs connaissent et qui laisse les rares élus absolument sans voix : l’exploration du lac Saint-Pierre en kayak ou en barque, dans un dédale de chenaux, de marécages et d’îles boisées qui ressemble davantage à la Louisiane qu’au Québec… Le Domaine du Lac Saint-Pierre est la porte d’entrée de cet univers à nulle autre pareille. Le lac Saint-Pierre est un Élargissement naturel du fleuve Saint-Laurent, le lac Saint-Pierre est une réserve de la biosphère de l’UNESCO depuis 2000. Ses battures, ses marais et ses prairies humides constituent l’un des écosystèmes les plus riches et les plus fragiles du Québec, habité par des centaines d’espèces d’oiseaux migrateurs, de reptiles, de poissons et de plantes aquatiques.
Domaine du Lac Saint Pierre – Photo Etienne Boisvert
En automne, c’est le spectacle des oies des neiges et des canards qui amorcent leur grande migration vers le sud : des nuées d’oiseaux qui s’envolent et atterrissent dans un bruit de tonnerre sur les marais encore verts. Depuis les embarcations du Domaine du Lac Saint-Pierre, accompagnés de guides naturalistes passionnés, les visiteurs s’enfoncent dans ces paysages insolites à la québécoise, un bayou sans alligators, mais avec toute la magie d’un monde à part, suspendu entre le fleuve et le ciel. La carte des activités (dont la pêche), les hébergements alternatifs et le bar-restaurant du Domaine sont encore d’autres très bonnes raisons d’y jeter l’ancre.
Domaine du Lac Saint Pierre – Photo Etienne Boisvert
Pour clore cet itinéraire avec le confort et l’élégance qu’il mérite, Joliette, à seulement 1 heure de Montréal, s’impose comme base urbaine de choix. Chef-lieu de Lanaudière, ville d’histoire et de culture (le Festival de Lanaudière, l’un des plus grands festivals de musique classique en plein air au monde, s’y tient chaque été depuis des décennies), Joliette est une ville qui surprend toujours en bien : plus vivante, plus animée, plus culturellement riche qu’on ne l’anticipe depuis Montréal.
Hôtel Chateau Joliette – Photo Etienne Boisvert
Posté en bordure de la rivière L’Assomption, l’Hôtel-Château Joliette est l’adresse naturelle pour un séjour en pleine ville : un établissement soigné qui conjugue confort contemporain et atmosphère chaleureuse, idéalement situé pour rayonner vers les attraits locaux, à commencer par le Musée d’art de Joliette, à quelques pas, avec sa collection permanente remarquable et sa programmation d’expositions temporaires ambitieuse, les restaurants et terrasses du centre-ville animé, et les routes de campagne lanaudoises qui s’ouvrent dès qu’on franchit les limites de la ville. Mention spéciale, sur place, pour la Table G, le restaurant de l’hôtel qui a ses inconditionnels dans toute la région. Séjourner à Joliette plutôt qu’à Montréal pour explorer Lanaudière-Mauricie, c’est gagner du temps, gagner en authenticité, et avoir l’impression d’habiter le territoire plutôt que de le traverser. Voilà toute la différence entre le voyage et le séjour, et c’est souvent là que les meilleurs souvenirs se fabriquent.
Entre Montréal et Québec, la voie royale des couleurs et des plaisirs du Québec
Lanaudière, Le Québec authentique, Mauricie
Lanaudière, Le Québec authentique, Mauricie
Lanaudière, Le Québec authentique, Mauricie
Lanaudière, Le Québec authentique
Magazine Hors-Série : 10 road-trips pour explorer le Québec. À travers ces dix boucles à entreprendre depuis Montréal et Québec, nous vous convions à un grand festin de découvertes : toutes les régions touristiques sont sur la route, et toutes les saisons au programme.
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