L’appel du printemps : une virée sucrière et sylvestre dans Lanaudière-Mauricie

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Le printemps de Lanaudière-Mauricie n’est pas seulement une saison de transition, c’est une destination à part entière. Il suffit d’accepter l’invitation.

Au Québec, le printemps a un goût. Celui de la tire d’érable sur la neige, du bois qui craque dans le poêle, des premières fougères qui percent la forêt encore engourdie… Entre Lanaudière et Mauricie, le temps des sucres est bien plus qu’une tradition : c’est un rituel de renaissance, un signal collectif que la terre reprend ses droits, une saison à célébrer dans la convivialité. Et si cette année, on le vivait avec un surplus d’authenticité, vraiment au cœur des bois ? 

Myco - Photo Etienne Boisvert

Myco – Photo Etienne Boisvert

Ce voyage printanier dans Lanaudière et en Mauricie ne ressemble à aucun autre. Certes, la chaleur n’est pas encore au rendez-vous, mais il y a une lumière, cette lumière de mars et d’avril qui rase les érablières en milieu d’après-midi et fait briller la neige mouillée comme du cristal. Les routes de campagne sont encore boueuses, les ruisseaux débordent, la forêt sent la résine et l’humus. C’est ça, le printemps laurentien dans toute sa vérité : un peu brusque, un peu magique, irrésistiblement vivant. Voici comment le traverser, partenaire par partenaire, érablière par érablière, rivière par rivière…

Célébrer le miracle du sirop dans la plus pure tradition

Tout commence par un son. Le tintement régulier de la sève qui tombe dans les chaudières suspendues aux érables, ce bruit ténu et répétitif qui annonce que la saison a commencé. À la Cabane à sucre Chez Dany, en Mauricie, ce son-là résonne depuis des générations dans une érablière qui a su garder quelque chose d’essentiel : l’authenticité d’une exploitation familiale enracinée dans son territoire. Ici, on ne fait pas semblant. La cabane est vraie, le sirop est vrai, la famille Néron tout autant, et le repas – ce fameux repas de cabane qui ressemble à une déclaration d’amour collective à la cuisine québécoise – est celui qu’on attendait depuis l’automne. Soupe aux pois, jambon à l’érable, fèves au lard, oreilles de crisse, grands-pères dans le sirop chaud : chaque plat est un geste de continuité, une façon de dire que certaines choses ne changent pas et qu’on s’en réjouit.

Cabane à sucre Chez Dany - Photo Tourisme Mauricie

Cabane à sucre Chez Dany – Photo Tourisme Mauricie

Dans la grande salle, les rires et les « miam » percent le brouhaha tandis que les musiciens jouent en direct la bande originale du temps des sucres, entre « reel » traditionnel et « rigodons ». Dehors, entre deux services, on marche dans l’érablière, on observe les entailles dans les troncs, on lève les yeux vers la canopée encore nue qui laisse passer un ciel pâle de saison froide finissante. Et puis il y a la tire. Ce moment suspendu où le sirop bouillant est versé en filet sur la neige tassée, refroidit en quelques secondes, s’enroule autour d’un bâtonnet de bois… et fond dans la bouche avec cette douceur fumée qu’aucune autre sucrerie au monde ne peut reproduire. La tire d’érable, c’est le Québec en un geste ! Chez Dany, à Trois-Rivières, on vit l’expérience dans son décor d’origine. Y a-t-il meilleur endroit pour commencer ce voyage ?

Cabane à sucre Chez Dany - Photo Etienne Boisvert

Cabane à sucre Chez Dany – Photo Etienne Boisvert

Une mine de saveurs à ciel ouvert

Après la sucrerie, la forêt nous appelle autrement. Pas pour percer l’écorce des érables, mais pour ce qui pousse à ras de sol quand la neige commence à reculer : les premières pousses, les mousses qui reverdissent, et pour les plus attentifs, les prémices des champignons printaniers. En Mauricie, Druide Sylvestre propose une porte d’entrée unique dans cet univers : des sorties mycologiques guidées qui transforment une simple randonnée en exploration sensorielle et scientifique. À l’initiative de cette entreprise de mycotourisme, une Mauricienne passionnée mais également grande spécialiste : la biologiste de la forêt Véronique Cloutier.

Myco - Photo Etienne Boisvert

Myco – Photo Etienne Boisvert

Le printemps n’est pas la saison la plus spectaculaire pour les champignons – l’automne remporte largement ce titre –, mais c’est peut-être la plus subtile. Les précieuses morilles commencent à pointer dès les premières semaines chaudes dans certains secteurs forestiers. Les quatre guides de Druide Sylvestre savent où regarder, comment lire un sous-bois, comment interpréter la présence d’un arbre mort ou d’un couvert particulier. Sous leur direction, la forêt cesse d’être un décor pour devenir un texte, un texte à lire lentement, à déchiffrer patiemment. Ces sorties s’adressent autant aux néophytes curieux qu’aux randonneurs aguerris qui veulent ajouter une dimension naturaliste à leur pratique. On repart avec des connaissances, parfois avec quelques spécimens soigneusement identifiés, toujours avec une façon différente de regarder un tapis de feuilles mortes ou un tronc couvert de lichen. La forêt mauricienne, vue depuis le sol, est un monde en soi.

Après l’aventure, le bain nordique

Il faut un peu de silence après cela. Et il se trouve que Lanaudière en offre une réserve inépuisable. Cap sur l’Abbaye Val Notre-Dame, tapie dans les forêts de Saint-Jean-de-Matha comme si elle avait toujours été là. L’abbaye cistercienne a été fondée au début des années 2000 par des moines venus chercher dans cette nature lanaudoise exactement ce qu’elle a à donner : la paix, le retrait, la possibilité d’une vie rythmée par autre chose que l’urgence. Si l’on ne visite pas l’abbaye à proprement parler – c’est un lieu de vie monastique, pas un site touristique –, son magasin constitue une halte à part entière, précieuse et singulière.

Magasin de l'abbaye Val Notre-Dame - Photo Etienne Boisvert

Magasin de l’abbaye Val Notre-Dame – Photo Etienne Boisvert

On y trouve nombre de douceurs élaborées par les moines – chocolats, caramels, sirop forestier, gâteaux, tisanes… – aux côtés de fromages affinés par des producteurs de la région, des pâtes pressées au caractère bien marqué, fruit d’un savoir-faire patient, et encore d’autres produits artisanaux locaux, des conserves, des livres, des icônes peintes dans la tradition chrétienne orientale… On peut déguster sur place, longer le bâtiment principal, entendre peut-être les cloches qui rythment la journée des moines. Le printemps est la saison parfaite pour cette halte : les forêts autour de l’abbaye sont encore sombres et humides, l’air sent la terre mouillée, et ce contraste entre la vie qui reprend dehors et le silence intérieur du lieu crée quelque chose d’assez rare, un sentiment de présence totale.

Magasin de l'abbaye Val Notre-Dame - Photo Etienne Boisvert

Magasin de l’abbaye Val Notre-Dame – Photo Etienne Boisvert

Quand la rivière Batiscan reprend vie

Mi-avril, les rivières mauriciennes sortent de leur long sommeil. La glace cède, les eaux montent, les rapides reprennent leur voix. C’est le meilleur moment pour retrouver le Parc de la Rivière Batiscan, corridor naturel remarquable qui longe l’une des plus belles rivières du Québec, entre falaises de grès rougeâtre et forêt riveraine encore nue. Le printemps est la haute saison pour les amateurs d’eaux vives. La Batiscan, gonflée par la fonte des neiges, offre des conditions de pagaie qui font le bonheur des kayakistes et des amateurs de canot sportif, et ce, toujours dans le respect des capacités de chacun, le parc proposant des tronçons accessibles aux débutants comme des sections plus engagées pour les pratiquants expérimentés.

Parc de la Rivière Batiscan - Photo Ben Chamberland

Parc de la Rivière Batiscan – Photo Ben Chamberland

Mais même pour ceux qui préfèrent garder les pieds au sec, le parc vaut le détour : les sentiers de randonnée qui surplombent la rivière offrent des points de vue saisissants sur les gorges, où l’eau rousse de fonte tourbillonne entre des parois vieilles de millions d’années. La faune commence à s’animer. Les oiseaux migrateurs reprennent position dans les arbres, les castors sortent de leur tanière, les cerfs laissent leurs empreintes dans la boue des berges. Au printemps, la rivière Batiscan est un concentré de ce renouveau que tout le monde attend depuis décembre. On revient de là avec les joues rouges et l’impression d’avoir assisté à quelque chose.

Les plaisirs de l’auberge au printemps

Après une journée sur l’eau, l’appel du ressourcement. Dans Lanaudière, l’Auberge du Vieux-Moulin répond à cette attente avec une élégance discrète qui est la marque des lieux dont on se souvient longtemps. Installée depuis 30 ans à Sainte-Émélie-de-l’Énergie, au bord du lac Goyer et tout près de la rivière Noire, dans un écrin de grands arbres, l’auberge tire son nom et son âme d’un moulin d’époque dont elle a conservé l’esprit : quelque chose de solide, de lié à l’eau et au bois, de fondamentalement québécois. Des objets d’époque patinent le décor de l’auberge, tel ce poêle à bois des années cinquante qui trône dans la salle à manger. Les chambres regardent la forêt ou le lac selon les configurations, et en ce début de printemps, les deux paysages ont une qualité particulière. Les arbres sont encore dénudés, ce qui paradoxalement ouvre l’espace et laisse voir loin dans le sous-bois ; la rivière court vite et bruyamment après la fonte, remplissant les nuits d’un fond sonore qui vaut tous les somnifères.

Auberge du Vieux Moulin - Photo Louis Coutu

Auberge du Vieux Moulin – Photo Louis Coutu

L’auberge est le genre de destinations où l’on prend son café dehors même quand il fait frais, parce que l’air du matin dans Lanaudière au printemps a quelque chose d’irremplaçable – une odeur de résine et d’eau courante qui ne se décrit pas vraiment, qui s’inhale et se garde. La table de l’auberge prolonge le séjour avec une cuisine qui fait la part belle aux produits locaux et aux saveurs de saison, ce qui, au printemps, signifie sirop d’érable en vedette dans plusieurs préparations, des viandes régionales, des fromages d’ici… Un nectar on ne peut plus local, puisque la cabane à sucre de Kevin de Andrée-Anne, les propriétaires, peut être visitée moyennant une petite marche depuis l’auberge. Ajoutez les plaisirs du spa, bains nordiques inclus, et une superbe carte d’activités parmi lesquelles le traîneau à chiens, la raquette et la motoneige ont encore leur mot à dire, et vous obtenez le cocon parfait au cœur de cet itinéraire : une étape qui réconcilie l’aventure et le repos, la forêt et le confort.

Auberge du Vieux-Moulin

Auberge du Vieux-Moulin

L’éco-villégiature en éveil

Certains endroits existent depuis assez longtemps pour avoir leur propre façon d’accueillir les saisons. Le Baluchon éco-villégiature, à Saint-Paulin en Mauricie, est de ceux-là. Posé sur les rives de la rivière du Loup, entouré de forêts et de champs qui alternent selon les saisons, cet établissement pionnier de l’éco-tourisme québécois vit le printemps comme une grande respiration collective – la sienne et celle de tous ceux qui viennent s’y ressourcer. Le printemps au Baluchon, c’est d’abord le retour de la vie autour des sentiers : les quelque 25 km de parcours qui sillonnent la propriété reprennent leur pleine activité, entre randonnée pédestre ou équestre, vélo, observation de la faune ou, simplement, se promener sans but précis dans une forêt mixte qui reprend des couleurs.

Le Baluchon Eco-villégiature - Photo Etienne Boisvert

Le Baluchon Eco-villégiature – Photo Etienne Boisvert

C’est aussi la saison idéale pour profiter des soins du spa (bains nordiques en plein air, massages, soins bien-être…) avec ce contraste magnifié entre la chaleur des bassins et le froid encore piquant de l’air extérieur. Et toujours ce plaisir de retrouver le cocon, qu’il soit une chambre ou une suite en auberge, un chalet isolé dans le domaine, une maison, un manoir, et même, l’une des nouveautés du Baluchon, une ancienne chapelle de bois reconvertie en loft douillet au bord de la rivière. En mai, les premières fleurs sauvages apparaissent dans les sous-bois, les rainettes chantent à pleine gorge au crépuscule, et les couchers de soleil sur la rivière du Loup prennent des teintes d’aquarelle qu’aucune autre saison ne produit à l’identique. Le Baluchon, c’est aussi une table gastronomique engagée, une ferme en activité, et une philosophie cohérente de bout en bout : vivre mieux en prenant le temps. Au printemps, cette invitation résonne avec une acuité particulière. Après les mois de froid, prendre le temps n’est plus une discipline, c’est un plaisir naturel.

Le Baluchon Eco-villégiature - Photo Etienne Boisvert

Le Baluchon Eco-villégiature – Photo Etienne Boisvert

Quand le bison sort de l’hiver…

Le voyage se poursuit dans un pré serti de forêt de Lanaudière, face à l’un des animaux les plus imposants et les plus majestueux d’Amérique du Nord. À La Terre des Bisons, à Rawdon, l’arrivée du printemps est un spectacle en soi. Les bisons, qui ont traversé l’hiver dans leur pelage d’hiver épais et hirsute, commencent à muer au retour des beaux jours. Un processus fascinant à observer, où les toisons se détachent par pans entiers, révélant un manteau d’été plus lisse et plus sombre en dessous. La visite de la ferme permet d’approcher ces géants au plus près, de comprendre leur comportement grégaire, d’apprendre comment une famille de producteurs québécois a fait le pari de cet élevage singulier sur un territoire qui n’avait pas vu de bisons depuis des siècles.

Terre des Bisons - Photo Etienne Boisvert

Terre des Bisons – Photo Etienne Boisvert

Car c’est aussi ça, La Terre des Bisons : une histoire humaine, celle d’une famille passionnée qui a construit quelque chose d’unique sur ses terres. Grâce à la visite d’un véritable petit musée qui lui est dédié, on découvre l’histoire et les particularités de cet animal qui a façonné les grandes plaines du continent (sa résistance au froid, ses comportements sociaux, l’organisation du troupeau) dans un cadre champêtre qui a tout d’une belle surprise. Maigre, goûteuse, élevée sans hormones ni antibiotiques, la viande de bison, moins connue que le cerf ou le sanglier dans nos assiettes québécoises, est également disponible à la ferme (de même que de la viande de wapiti). Repartir avec quelques pièces soigneusement emballées, c’est prolonger ce voyage printanier jusque dans la cuisine. Une belle façon de boucler la boucle.

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Terre des Bisons

Prolonger les plaisirs de l’hiver dans une pourvoirie

Il y a au Québec des endroits où le printemps accepte de patienter encore un peu. C’est une bonne nouvelle pour qui n’a pas encore eu sa dose d’hiver. La Pourvoirie du Lac Blanc, à Saint-Alexis-des-Monts, à cheval entre Lanaudière et Mauricie, est de ceux-là. S’étalant sur 3 500 hectares de forêt mixte autour d’un lac immense, cette pourvoirie familiale qui fête ses 30 ans d’activités est une adresse où mars n’est pas la fin de l’hiver mais son heure de gloire. En mars, la neige est encore bien présente, le lac tient bon sous sa couche de glace, et la douce lumière de fin d’hiver donne à tout le territoire une teinte particulière.

Pourvoirie du Lac Blanc (Lanaudière et Mauricie, Québec)

Pourvoirie du Lac Blanc

C’est la saison idéale pour taquiner la truite en pêche blanche sur le lac gelé (avec ou sans guide, en famille ou entre amis), un de nos guides vous apprêtera d’ailleurs sur un feu de bois le poisson fraîchement pêché, dans la plus pure tradition des coureurs des bois. La raquette avec un guide-trappeur est une autre façon saisissante de traverser cette forêt enneigée, ponctuée de révélations sur les techniques de trappe et l’interprétation de la faune hivernale. Les motoneigistes, eux, sont aux anges : la pourvoirie donne accès direct au réseau de sentiers balisés de Lanaudière-Mauricie, l’un des plus généreux du Québec avec plus de 4 800 km de pistes. Glissades sur tube, ski de fond, patin à glace sur le lac — le menu hivernal est complet. Et quand le corps réclame sa récompense, le centre aquatique avec piscine intérieure chauffée, spa, sauna et gym est là pour clore la journée en douceur. Les 12 chalets spacieux et l’auberge champêtre, avec leurs grandes fenêtres sur le lac Blanc et leur atmosphère conviviale, font le reste. La Pourvoirie du Lac Blanc est cette parenthèse de nordicité qu’on s’accorde en mars, juste avant que le printemps reprenne définitivement ses droits.

Pourvoirie du Lac Blanc (Lanaudière et Mauricie, Québec)

Pourvoirie du Lac Blanc

Se laisser cajoler par le printemps de Lanaudière-Mauricie 

Rentrer de Lanaudière-Mauricie au printemps, c’est rentrer avec quelque chose de difficile à nommer exactement. Une lenteur retrouvée, peut-être. Une façon différente d’écouter, sûrement : ici le craquement d’une branche, là la musique d’une rivière en crue, le silence d’une abbaye dans les bois, les récits d’un hôte chaleureux ou d’un artisan du terroir passionné… Ce territoire, comme un immense trait d’union de douceur et d’authenticité posé entre Montréal et Québec, mérite qu’on s’y arrête, qu’on y revienne, qu’on prenne le temps de le lire à la bonne saison. Le printemps de Lanaudière-Mauricie n’est pas seulement une saison de transition, c’est une destination à part entière. Il suffit d’accepter l’invitation.

David Lang

Journaliste spécialisé voyage et art de vivre, David se régale avec le Québec depuis plus de 15 ans. Après plus de 40 voyages à travers les régions et les saisons de la Belle Province, il devance largement Jacques Cartier et s’avoue toujours aussi bluffé par les expériences et les rencontres à vivre sur ce territoire hors nome. David le rédac’ chef anime une équipe de rédacteurs et de photographes avec qui il partage sa soif de découvertes chez les cousins.


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