Terroir & Saveurs du Québec | Anne Monna – Cassis Monna


Dans ce nouvel épisode de notre série Terroir et Saveurs du Québec, Anne Monna nous parle de cette pépite de l'île d'Orléans, qui mêle joyeusement tradition française, terroir québécois et passion du Cassis.

C’est l’histoire d’une longue tradition familiale, celle de la famille Monna. Ça commence en 1872. On est à Ganges dans l’Hérault, en France donc, au nord de Montpellier, et Louis Monna se lance dans la fabrication de vins et de spiritueux. C’est un savoir-faire qu’il va cultiver, bien sûr, mais surtout, c’est un savoir-faire qui va se transmettre de père en fils, de fille en petit-fils, jusqu’à l’arrière-petit-fils Bernard, quatrième génération de liquoriste, donc, qui s’installe au début des années 70 sur l’île d’Orléans, où il découvre un sol et un microclimat qui sont particulièrement propices pour la culture du cassis.

C’est là qu’il va perpétuer l’héritage familial, un héritage qu’il a confié aux bons soins de ses filles, Catherine et Anne, pour fonder la maison Cassis Monna et filles.

Bienvenue sur le podcast de Québec le Mag, dans ce nouvel épisode de notre série Terroir et Saveurs du Québec. Et puis, bienvenue à cellee qui va nous parler aujourd’hui de cette pépite de l’île d’Orléans, qui mêle joyeusement tradition française, terroir québécois et passion du Cassis : Anne Monna.

Bonjour, Anne.

Cassis Monna et Filles (Île d'Orléans, Québec)

Cassis Monna et Filles (Île d’Orléans, Québec)

Bonjour, quelle belle introduction ! J’adore !

Je n’ai dévoilé qu’un tout petit quelque chose de ce qu’est La Maison Cassis Monna et filles. J’attends de toi que tu nous en parles un peu plus en détail et que tu nous dises qui vous êtes et ce que vous produisez exactement.

Comme son nom l’indique, cassis, c’est le fruit qu’on cultive. Je pense qu’en France, vous connaissez bien. Ici, ça fait partie même de notre responsabilité de le faire découvrir encore aux Québécois, aux Américains, aux touristes. Donc on le cultive ici sur nos terres de l’île d’Orléans. Puis Monna, c’est notre nom de famille tout simplement.

Alors je suis Anne Monna. On a pris ma soeur Catherine et moi la relève de notre père Bernard. Donc c’est pour ça le « et filles ». On est spécialisé principalement, je dirais, dans les alcools, les spiritueux, les alcools fins, apéritifs, digestifs. Mais le Cassis, ça reste notre produit vedette. Et puis depuis quelques années, on fait aussi vodka, gin et toute une gamme de produits dérivés aussi, sans alcool. Mais autour de ça, on fait vivre plein d’expériences pour justement que les gens s’imprègnent du lieu, des beaux souvenirs. Parce que c’est tellement un fruit intéressant et polyvalent qui se travaille autant sucré, salé, alcool et tout. Donc on a une crèmerie artisanale avec une fameuse crème glacée molle, vanille et sorbet cassis qui vraiment est très populaire. Je dirais que c’est vraiment un de nos produits forts. Évidemment, il y a la dégustation en boutique, il y a des dégustations qui sont commentées, guidées, il y a des dégustations autonomes.

On fait partie du réseau des économusées aussi, pour que les gens qui ont envie de plus d’expérience, d’apprentissage sur le Cassis ; que la famille, tout ça, puissent en apprendre un peu plus. Et on a un restaurant aussi qui met en valeur le Cassis. Alors dans les plats, les cocktails, on a un bar à cocktails.

Ça fait que c’est vraiment un endroit où on vient selon nos goûts, nos envies, puis on profite du site, puis on s’imprime de l’univers de la famille et du Cassis.

Cassis Monna et Filles (Île d'Orléans, Québec)

Cassis Monna et Filles (Île d’Orléans, Québec)

100% Cassis, donc. Tu disais au tout début que ça faisait partie de vos missions de faire découvrir ce fruit qu’est le cassis. Dans un pays où on parle plutôt de bleuets. Alors justement, on fait souvent la confusion entre les deux fruits. Est-ce que tu peux nous en dire un tout petit peu plus ?

Ben oui, en fait, de moins en moins. Je dirais que les Québécois connaissent maintenant parce que ça fait quand même plusieurs années qu’on déploie beaucoup d’efforts. Puis on est quand même une entreprise agro-touristique qui a beaucoup d’achalandage. Les gens voyagent beaucoup, alors ils vont avoir connu le cassis. Mais c’est vrai qu’au Québec, dans les années passées, quand on a débuté, souvent, les gens ne connaissaient pas du tout le fruit. On appelait ça, en fait, un nom commun au Québec que nos parents utilisaient, c’était la gadelle noire, qui est carrément une traduction de Blackcurrant, donc cassis en anglais.

Mais il y avait aussi un aspect intéressant parce que les ribèses, donc dans la famille du Cassis, il y avait beaucoup de ribèses au Québec. Les Amérindiens, nos ancêtres, utilisaient le Cassis pour en faire des boissons. C’était même un des petits fruits les plus privilégiés pour les alcools ici. Parce qu’on fait toujours de l’alcool avec ce qui pousse bien, hein ?

On s’entend : maintenant, il y a des vignobles hyper intéressants au Québec. Mais à l’époque, je pense qu’ils faisaient beaucoup d’alcool avec les petits fruits.

Et même l’île d’Orléans, c’est une petite anecdote, mais elle était connue comme l’île de Bacchus. Parce qu’en fait, pendant longtemps, on a cru que c’étaient des vignes sauvages qui se retrouvaient à profusion ici. Vraiment quand les premiers colons sont arrivés, mais c’était des ribèses en fait, alors c’était du cassis sauvage. C’est un fruit qui est moins connu ici, principalement parce qu’il y avait une interdiction de cultiver le cassis aux États-Unis pendant de nombreuses années, parce que les plants de cassis étaient hôtes d’une maladie qui attaquait une rouille, qui attaquait le pain blanc. En tout cas, ça n’a sûrement pas dû aider à sa notoriété. Mais mon père a été le premier producteur à grande échelle à cultiver le cassis, là, au Québec.

Puis c’est vrai que les gens vont parfois confondre avec le bleuet. Des fois, j’entends des gens qui disent « c’est un mélange entre le bleuet et la canneberge », simplement parce que la canneberge n’est pas un fruit que, communément, on a envie de manger comme ça du panier. Puis le cassis aussi est assez puissant et peu sucré quand même. Mais effectivement, comme le bleuet, c’est un fruit très bon pour la santé aussi, bourré d’antioxydants. J’aime bien dire que c’est un super fruit local. C’est vrai, parce qu’on entend parler de baies d’açai, il y a beaucoup de fruits à la mode, mais le cassis, en tout cas, il commence à gagner cette notoriété-là aux États-Unis de fruits vraiment santé.

On peut imaginer que dans l’avenir, on va en parler de plus en plus, puis il y a quand même beaucoup de recherches qui ont été faites sur ce fruit-là, mais de notre côté, on a quelques produits plus santé, si vous voulez, des poudres concentrées de cassis à mettre dans les smoothies, tout ça le matin, ou dans le granola, yogourt, mais ça reste que nous, on est vraiment dans le plaisir. Alors dans les alcools, dans les produits gourmands.

Cassis Monna et Filles (Île d'Orléans, Québec)

Cassis Monna et Filles (Île d’Orléans, Québec)

Est-ce que ça a toujours été une évidence pour toi d’entrer dans l’entreprise familiale et de poursuivre cet héritage-là ?

Oui et non. J’étais tellement jeune, c’était dans le début de ma vingtaine. Alors, c’est sûr que ça a toujours été, je pense, naturel d’être notre propre patron parce que mes parents ont toujours été entrepreneurs. Mais mon père était vraiment un artiste et artisan. Il a eu beaucoup d’entreprises. Après ça, il aimait bien partir quelque chose de nouveau et tout. Mais c’est un modèle qu’on a connu, qui est moins classique. Ce n’était pas des horaires de 9 à 5, et puis on a toujours traîné, comme disait ma mère, comme de la mauvaise herbe autour, on poussait tout seul, on était autonome, on avait notre univers. Alors, pour ça, oui, c’était naturel.

Je dirais que pour ma soeur, ça a été plus évident qu’elle voulait vraiment revenir s’installer sur l’île, fonder une famille, puis elle voyait vraiment le potentiel. Moi, il a fallu peut-être me convaincre un peu plus, parce que, je ne sais pas, j’avais… J’aspirais peut-être à autre chose, mais je n’avais simplement pas l’âge encore. Mais rapidement j’ai compris que c’était un magnifique terrain de jeu pour nous, qui nous laissait beaucoup de liberté. Puis on s’est approprié l’entreprise, on a développé. Ça a gagné mon cœur petit à petit jusqu’à finalement être une des meilleures décisions que j’ai prises de ma vie.

Et qu’est-ce que tu aimes le plus aujourd’hui dans ton quotidien ?

Je dirais la liberté que ça me procure. Encore une fois, oui, le terrain de jeu, parce qu’en fait, le rythme ne m’est pas imposé. Maintenant, je trouve qu’à un certain niveau, quand les entreprises, la clientèle, les employés, même l’entreprise a son propre rythme, c’est… des fois… ce n’est plus nous nécessairement qui avons tout le contrôle, mais quand même, j’aime la saisonnalité. J’aime que par moments, c’est une période où je sais qu’on va avoir besoin de moi sur le plancher, puis ça fait vraiment toujours tellement plaisir de recevoir tout cet amour des clients parce que c’est vraiment le cas. En tout cas, je pense que c’est le cas déjà pour mes employés parce que, comme je vous l’ai dit, c’est une expérience de plaisir. Les gens sont ravis, les gens sont en vacances, puis ils aiment ce qu’on leur propose.

Mais quand c’est moi la propriétaire, c’est sûr que je reçois une tonne d’amour, d’affection, des témoignages de gens qui vraiment même sont fiers de nous, fiers du parcours qu’on a développé, puis même une fierté pour des résidents de l’île. Ça, c’est comme je le prends et ça me fait vraiment du bien. Ça, c’est un des trucs qui me plaît le plus.

Sinon, il y a certains projets qu’on mène, on a toujours un ou deux projets qui touchent un peu notre aspect. Je pense que Catherine et moi, on est très créatives et quand on travaille avec des graphistes, quand on développe des images de marque pour des produits, c’est toujours dans ce qu’on préfère.

Cassis Monna et Filles (Île d'Orléans, Québec)

Cassis Monna et Filles (Île d’Orléans, Québec)

Justement, en termes de projets, c’est quoi les nouvelles idées, c’est quoi les nouveautés qui vont arriver chez Cassis Monna ?

On veut éventuellement peut-être augmenter notre distribution parce qu’en ce moment, la grande majorité de nos ventes sont faites sur place, donc c’est vraiment de l’agrotourisme. On a développé beaucoup ces aspects-là expérientiels. C’est sûr que tout ce qui est distribution, peut-être exportation éventuellement, mais ce serait quelque chose de nouveau. Puis je pense qu’on est mature pour ça, puis on a une envie. Une envie de le développer, une équipe qui a envie aussi de pousser dans ce sens-là avec nous.

Catherine et moi, il y a quelques années, on a fait l’acquisition d’une boulangerie aussi qui est complètement autre chose, simplement je pense pour justement repartir à la base d’un nouveau projet, créer une toute nouvelle identité, une nouvelle marque. C’est quand même une mission commune. Je dis toujours que la Midinette, c’est notre côté plage, Cassis Monna, c’est notre côté jardin, mais c’est vraiment… On est imprégné par des lieux qui sont magnifiques de l’île d’Orléans. On est des amoureuses de l’île d’Orléans. Mais je dirais que ça, c’est quand même un projet qui nous prend beaucoup de temps. Et d’énergie. Puis on a quelques beaux projets à la Midinette. On va faire partie du réseau des économusées aussi pour la boulangerie et les viennoiseries faites sur place.

Puis à Cassis aussi, on a les projets éventuels de faire une salle de dégustation, de travailler aussi le tourisme d’hiver. Alors non, ce ne sont pas les projets qui manquent.

La Midinette, boulangerie sur l'Île d'Orléans (Québec)

La Midinette, boulangerie sur l’Île d’Orléans (Québec)

J’imagine bien. Je comprends bien aussi. Tu parlais de fierté tout à l’heure. Cassis Monna a emporté énormément de prix à l’international pour certains de ses produits. Ça aussi, c’est une vraie fierté de voir son savoir-faire reconnu.

Oui, c’est toujours incroyable parce que ça reste, comme je l’ai dit, on vend nos produits sur place, au domaine, en grande majorité. Mais c’est des produits qui sont effectivement vraiment reconnus par ses pairs. Nous, les distilleries françaises sont toutes venues nous visiter. On est loin d’être une compétition pour eux, c’est complètement autre chose, mais il y a un lien d’attachement qui s’est créé. Même si on leur vole les médailles les plus prestigieuses dans les concours internationaux ! Très récemment, hier, j’ai su qu’on a reçu une médaille d’or pour la Crème de Cassis. À Londres, à l’International Wine and Spirit Competition, et une médaille de bronze pour notre vodka. Puis, la semaine dernière, on a remporté au concours qui se dit, qui se compare aux Oscars des Spiritueux à San Francisco. Donc, on a remporté une médaille d’or pour la crème de Cassis, pour la vodka et une médaille d’argent pour le gin. En fait, c’est les deux seuls concours auxquels j’ai participé parce que c’est vraiment les concours les plus hautes, alors on était hyper ravis, c’est certain. C’est une fierté pour toute l’équipe, ce savoir-faire-là.

Moi, je remets toujours le crédit beaucoup à mon père. Les spiritueux, j’avoue que c’est plus les filles qui ont développé les spiritueux, mais toujours avec les valeurs que notre père nous a inculquées, de qualité et tout. Mais la crème de cassis et cette idée de fou qu’était pour un Français en sol québécois de s’installer, de voir le potentiel et de cultiver ce fruit-là, c’est quand même incroyable. Il a choisi des variétés aussi qui se distinguent à l’aveugle. Ce ne sont pas les mêmes variétés qui sont cultivées en France, même si le noir de Bourgogne pourrait bien vivre en sol québécois. Mon père avait son goût à lui, il n’était jamais influencé par ce que faisaient les autres. Puis, il a choisi des variétés qui lui plaisaient et qui ont quand même une certaine acidité qui fait qu’à l’aveugle, elle ressort, elle se distingue. Elle est même bonne sur glace, en digestif, notre crème de cassis, ce qui est assez surprenant pour certains.

Cassis Monna et Filles (Île d'Orléans, Québec)

Cassis Monna et Filles (Île d’Orléans, Québec)

Le temps passe vite, on pourrait passer des heures à parler cassis avec toi, Anne. Mais il va falloir clôturer cet épisode. Juste avant de nous quitter, la question que je pose à tout le monde : si les visiteurs de Cassis Monna devaient repartir avec une seule chose, que ce soit un produit, une impression, un souvenir, qu’est-ce que ce serait ?

Pour moi, ça serait vraiment, j’aimerais que les gens retiennent un accueil chaleureux. Je trouve que c’est vraiment ce que je souhaite que les gens… Parce qu’en fait, j’ai envie de gagner le cœur des visiteurs, j’ai envie que par la suite, ils parlent de leur expérience et je veux que ce soit avec… C’est ça, avec amour. Par la suite, acheter un produit, pour moi, c’est juste pour prolonger le plaisir, pour revivre un beau moment qu’ils ont vécu, mais tu sais, c’est vraiment d’aller toucher le cœur des visiteurs. Je pense que ça passe par la générosité de mes employés, par l’authenticité. En fait, j’espère simplement que nos valeurs soient reflétées dans tout ce qu’on fait.

Alors, ce serait ça.

Voilà, il n’y a plus qu’à passer chez Cassis Monna et Filles lors de votre prochain voyage au Québec.

Plus d’infos sur Cassis Monna et Filles : https://www.quebeclemag.com/cassis-monna-et-filles/

Merci, Anne, pour cet accueil, pour cette présentation.

Ça fait grand plaisir. Merci à vous.

Merci à toutes, merci à tous pour votre écoute, pour votre fidélité. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire pour cet épisode, à nous laisser une note pour le podcast. Et puis, on se retrouve très bientôt pour un nouvel entretien avec quelqu’un de tout aussi passionné qu’Anne par son terroir du Québec. Au revoir.

Québec Le Mag'

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