Mon premier Grand Prix cycliste

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Il n'y a pas d'âge pour se mettre au vélo. Si j'ai enlevé les petites roues du mien il y a bien longtemps, j'ai vécu lors du dernier week-end mon grand baptême dans le monde du cyclisme professionnel, à l'occasion des Grands Prix de Québec et Montréal, dont c'était la 10e édition cette année. Un grand cru, dont je vous livre une partie...

Jusqu’à présent, le monde du cyclisme professionnel se résumait pour moi à un écran de télévision, et souvent, je dois bien l’avouer, aux sprints chaloupés des coureurs aux arrivées, et à leurs visages déformés par l’effort à l’issue d’une étape de montagne. Je dis ça pour planter le décor. Disons que si j’étais cycliste, je sentirais souffler dans mon dos le moteur de la voiture balai. Un néophyte quoi. Mais un néophyte curieux.

UN SPORT ET UNE PASSION

Voilà comment je me suis retrouvé catapulté dans cette grande famille de la petite reine, où les passionnés ne sont pas seulement ceux qui moulinent comme des damnés sur des vélos en carbone d’à peine 7 kilos. J’en ai croisé parmi l’organisation, mais aussi les autres journalistes, en me prenant notamment d’affection pour Armel le Bescon. Pas au point de lui quémander un autographe, mais assez pour l’écouter me parler de son grand amour pour le sport. Il s’y consacre depuis une trentaine d’années, avec une prédilection pour le basket-ball et le vélo. Ce Breton d’origine vivant à Paris couvre depuis le début des années 80 le monde bondissant de la NBA, avec, parmi ses faits d’armes, l’écriture d’une bio sur Tony Parker, qu’il suit depuis l’âge de 14 ans. Et puis il y a le vélo, qui allume son regard quand on aborde le sujet. Trente ans que ça dure et toujours la flamme, après notamment 17 Tours de France et 14 championnats du monde. Le vélo, c’est un peu son Viagra, son kouign amann (celle-là, elle est facile). Il en connaît un rayon et s’en fait l’écho de sa plume alerte dans le magazine Planète cyclisme.

LE PATRON, C’EST L’HUMAIN

Dans mon immersion cycliste, j’ai aussi eu la chance d’échanger quelques mots avec Charly Mottet, surnommé Petit Charly du temps de sa carrière professionnelle, vainqueur, entre autres, de trois étapes sur le mythique Tour de France. Un modèle de gentillesse et d’accessibilité, à l’unisson de l’ambiance conviviale et humaniste prônée par le big boss. Big est un mot qui convient bien pour décrire Serge Arsenault. Un homme plus grand que nature que le président des Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal, qui a horreur de dire Je, préférant le Nous quand vient le temps de promouvoir les seules étapes de l’UCI World Tour en Amérique du Nord. Un homme qui en impose comme on dit, avec sa carrure de rugbyman et une poigne aussi ferme que son amour pour le vélo et les athlètes qui s’y consacrent corps et âme. L’ancien journaliste sportif reconverti en homme d’affaires est une figure respectée dans le milieu. « S’il l’est autant, c’est parce qu’il a lui-même toujours beaucoup respecté les hommes et le sport », m’a confié Philippe Crépel, un des membres de sa garde rapprochée. Petite parenthèse : Serge Arsenault a aussi contribué à la popularité de la course à pied au Québec. On doit d’ailleurs à ce natif de la Gaspésie le premier marathon international de Montréal, lancé en 1979.

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L’ancien coureur français Charly Mottet reste une figure très appréciée dans le monde du vélo. Toujours à l’écoute, il n’est jamais avare de conseils. ©  Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal

« ON MANGE ET ON DORT ENSEMBLE »

Découvrir les coulisses de ces Grands Prix cyclistes uniques en Amérique du Nord, c’est se plonger dans une ambiance à nulle autre pareille, où les journalistes mangent dans la même salle que les World Team, ce qui est assez rare, voire unique, pour être mentionné.
« Lors des épreuves européennes, c’est chacun dans son coin. Ici, tu partages le même hôtel que les coureurs et tu manges avec eux. C’est assez atypique dans le monde des courses cyclistes de l’UCI, mais ça donne une ambiance plutôt sympa », m’a confié Armel le Bescon, lui aussi séduit par la formule. C’est vrai que cette atmosphère décloisonnée était plutôt agréable à vivre, sans pour autant empiéter sur l’espace privé des uns des autres.

Cette réputation des Classiques québécoises a fait tâche d’huile au sein du cyclisme professionnel. Des coureurs aux mécanos, en passant par les accompagnateurs, ils sont nombreux à apprécier le traitement aux petits oignons qui leur est réservé, à l’image du gargantuesque buffet, qui tient compte aussi bien des besoins diététiques des champions que des écarts caloriques – assumés – du reste des convives, avec un large choix de desserts aussi succulents les uns que les autres. Il y avait matière à se faire plaisir, disons.

L’ATTRACTION HOULE

Quand le grand jour est arrivé, quand tous ces chevaliers casqués étaient enfin prêts à en découdre pour le 1er acte, le vendredi 13 septembre, le soleil brillait de tout son lustre.
« C’est une course chanceuse, il n’y a jamais eu de pluie pendant le Grand Prix à Québec », me glissait Yves Perret, le maillot jaune de la communication, à l’issue de la présentation des équipes. Une étape protocolaire durant laquelle les représentants québécois ont eu droit à un beau concert de paumes, en particulier Hugo Houle, dont la première participation au Tour de France cette année, sous les couleurs d’Astana [nous lui consacrerons un portrait dans notre numéro d’hiver, restez à l’affût !], a fait mousser la popularité au pays des Jean Coutu, ces pharmacies emblématiques où l’on trouve de tout, « même un ami », dixit un célèbre slogan resté gravé dans les mémoires. Invité à répondre à quelques questions, le natif de Sainte-Perpétue avait alors annoncé la couleur, bien décidé à jouer des coudes dans le sprint final.

À 11h pétantes, le peloton de 147 coureurs s’élançait pour près de 5 heures de course dans un décor de carte postale, sur un circuit d’environ 13 km sillonnant en partie les Plaines d’Abraham, un site historique attirant chaque année 4 millions de visiteurs. C’était parti pour 16 tours et 201,6 km, et l’on se demandait qui allait succéder à l’Australien Michael Matthews, vainqueur à Québec et Montréal en 2018. J’avais alors tendu la perche des prédictions autour de moi. « Michael Matthews ou Greg Van Avermaet », avait pronostiqué Armel pour le fauteuil de vainqueur. « Matthews premier, Van Avemaert 2e et Philipsens 3e », avait tenté Julien Gillebert, autre belle rencontre, dépêché sur place par le quotidien belge La dernière heure.

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Michael Matthews sur la ligne d’arrivée à Québec. L’Australien a récidivé, après sa victoire en 2018 sur ce même circuit. © Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal.

DU PHYSIQUE ET DE LA PHYSIQUE

Cinq heures de course, c’est long, surtout pour un spectateur, d’autant que celle de Québec, décrite comme une course de placement par les spécialistes, n’est pas la plus spectaculaire des Classiques. « Ça va se jouer au sprint, comme toujours. C’est une course vouée à ce type de scénario », m’a glissé l’un d’eux. Et le public dans tout ça ? Il était venu nombreux, avec des endroits où il apparaissait plus compact, comme aux abords de la ligne de départ et d’arrivée, blottie entre le Parlement québécois et le Manège militaire, où l’intensité montait d’un cran à chaque passage de l’essaim carboné. L’occasion pour certains d’agiter ou de brandir des pancartes d’encouragement pour leurs favoris, à l’image de ce « on t’aime Antoine » adressé au Québécois Antoine Duschesne (Groupama, Française des Jeux) par son clan, sa maman en tête. La côte de la Montagne, sans doute la plus abrupte du Grand Prix de Québec, était également bien fournie en spectateurs. L’endroit idéal pour prendre de belles photos et avoir une vue plongeante sur la montée des coureurs, souvent en danseuse. « T’as vu comme c’est dur ? », m’a soufflé Armel, dans un mélange de compassion et d’admiration. Je compatissais moi-même. C’était raide comme une trique et j’avais mal aux mollets rien qu’à les regarder gravir cette montée cassante. Il y avait là aussi 86 élèves de l’école privée Marcelle-Mallet. « On a profité de cette course pour jumeler les cours de physique et de sport, en abordant par exemple le phénomène d’aspiration », m’a expliqué un de leur professeur. Ou comment joindre l’utile à l’agréable. Sympa.

BIS REPETITA

À trois tours de l’arrivée, l’écart se réduisait inexorablement entre l’échappée, composée de 5 coureurs, dont le Français Julien Bernard, et le reste du peloton. Il restait 37 km et le speaker officiel préparait la table pour le banquet final. « On entre dans la phase la plus intéressante de la course. » Quand le dernier tour de piste se fit soudain sentir, l’effervescence est montée d’un cran dans le périmètre de la ligne d’arrivée. Les coureurs de tête avaient été rejoints et avalés par le peloton.

Il a fallu attendre les 500 derniers mètres pour vibrer un peu. Les pulsations du suspens ont augmenté. Les noms de Sagan et Alaphilippe ont résonné à plusieurs reprises dans les hauts-parleurs. La foule s’est emballée. Ça sentait le duel. On entrait dans le vif du sujet. Pourtant, celui qui a fini par lever les bras en signe de victoire n’était ni Slovaque ni Français, mais Australien. Matthews avait remis ça, conservant son titre de 2018. Une victoire ressentie comme un baume après une saison en demi-teinte. Il devançait Peter Sagan (2e) et le Belge Greg Van Avermaet (3e), un habitué des Grands Prix cyclistes canadiens, mais aussi des podiums [huit participations depuis 2010 et 6 podiums, dont une victoire à Montréal en 2016, avant le millésime 2019]. Hugo Houle finissait meilleur Canadien, auréolé d’une 15e place à la saveur amère. « J’étais à la limite des crampes, je n’avais pas des jambes extraordinaires aujourd’hui. » Un jour sans, comme on dit.

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Premier canadien (15e place) au Grand Prix de Québec, le Québécois Hugo Houle aura été particulièrement applaudi.  © Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal.

LA JOUTE MÉDIATIQUE

Débutait alors une autre course. Celle des médias. À peine les coureurs avaient-ils stoppé leurs montures que c’était la cohue. Le visage ruisselant de sueur et le souffle court, certains cyclistes répondaient aux questions des journalistes. Ça bourdonnait de partout ! Pour un néophyte, la scène pouvait paraître choquante, voire ridicule. Moi, j’avais envie de crier à mes confrères et consœurs de les laisser reprendre des forces. C’était à la fois surréaliste et grisant. Les mecs avaient tout donné, le cœur au bord de la bouche, au point où l’on se demandait s’ils n’allaient pas vomir ce qui leur restait dans le ventre. Mais c’était comme ça, c’était la règle et il fallait jouer le jeu. Nous étions dans le feu de l’action, côté coulisses cette fois, dans une gesticulation mêlant caméras, micros, stylos et smartphones. À l’image de ce journaliste TV qui, à peine son entrevue terminée avec un coureur, fonçait sur un autre comme si sa carrière en dépendait. Les forcats de l’asphalte rompus aux cadences effrénées devaient gravir la côte des médias. Un ultime effort avant de regagner l’hôtel, synonyme de repos bien mérité.

À leur place, j’aurais sans doute fini allongé sur un brancard, suffocant mes réponses dans un phrasé vacillant, non loin d’un curé prêt à me prodiguer les derniers sacrements. Mais je ne suis pas un champion. C’est d’ailleurs le mot qui m’est venu à l’esprit en assistant à ce formidable spectacle des Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal. Avec une préférence pour celui de la métropole gérée par Valérie Plante, plus spectaculaire que celui de Québec.

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L’édition 2019 des Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal a sans doute accueilli son plateau le plus relevé, digne d’un championnat du monde, avec parmi les grands noms le Slovaque et triple champion du monde Peter Sagan. Très à l’aise sur un vélo, moins devant un micro ! © Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal.

LE BONHEUR DU DIRECT

Il faut avoir vécu ce genre d’événement, en prise direct avec la souffrance et parfois les larmes, pour comprendre à quoi et à qui l’on a affaire. « Le vélo, c’est super exigeant. En plus, tu es chanceux car tu assistes au top ! », m’a écrit, un brin envieux, un ami, coureur à ses heures, sur Messenger. Dans les derniers tours de la course, quand les hommes de tête et leurs poursuivants sont passés à fond de train dans la portion située au pied du mont Royal, sur l’avenue du Parc, j’ai cru que le vent s’était mis à souffler plus fort. « On appelle ça se faire enrhumer », a souri Armel le Bescon. Comme un TGV de vélos connectés les uns aux autres sous l’effet de l’aspiration. Ce qui m’a aussi impressionné, c’est le bruit émis par les roues en carbone, et celui provoqué par les changements de braquets des athlètes sur leurs vélos racés, lancés à pleine vitesse dans une queue leu leu reptilienne. C’était à la fois fluide et puissant, mais aussi férocement captivant. Un moment privilégié. Court et intense. Avec « un final à l’emporte-pièce, un sprint fabuleux », pour reprendre les mots enflammés du commentateur officiel de la course montréalaise. Un instant de grâce, aussi, qui finit par mourir derrière la ligne d’arrivée, sans rien enlever au respect que tant d’efforts déployés inspirent, de l’équipier de l’ombre au leader placé sous la lumière. Le cyclisme dans toute sa splendeur.

Pour tout savoir sur ces Grands Prix : www.gpcqm.ca


Les Grands Prix en quelques chiffres

CÔTÉ COURSE

49 voitures et 35 motos sur le circuit.
17 pilotes motos formés spécialement pour évoluer au sein du peloton
3 médecins et autant d’ambulances, et ainsi qu’une moto médicalisée
Un Mont-Blanc de dénivelé (4 734 m), ou 4 fois l’Alpe d’Huez pour la course de Montréal!
420 km de course pour les 2 épreuves.
147 coureurs (294 vélos), 18 World Teams, 30 pays représentés
84 000 euros (environ 120 000$ canadiens) offerts en bourse
12 tonnes d’équipement; 6 camions pour le transport
6 autobus pour le transfert des coureurs et leurs accompagnateurs, ainsi que les médias.

CÔTÉ ORGANISATION

3 hôtels pour 1850 unités au total.
468 personnes mobilisées pour les 2 événements, dont 155 saisonniers, 175 bénévoles, 7 commissaires internationaux et 50 jeunes teneurs de vélo (pendant la présentation des équipes) issus de clubs cyclistes locaux.

CÔTÉ REPAS

180 kilos de dix et 226 kilos de pâtes (vive les sucres lents!)
120 kilos de poisson et 810 kilos de viande
300 kilos de légumes
375 gâteaux et tartes
Environ 200 kilos de bananes.

CÔTÉ MÉDIAS

Une retransmission TV et web dans 130 pays.
1 hélicoptère pour les prises de vue
4 motos-caméra
12 caméras fixes
1 caméra à plus de 3000 images par seconde pour la photo finish.

 

Olivier Pierson

Journaliste depuis une vingtaine d'années, Olivier a œuvré en France au sein de la presse quotidienne régionale, traitant de sujets aussi divers et variés que le sport, la politique ou les faits divers... C'est désormais à la culture et au tourisme de plein air que ce fondu de marche consacre la majeure partie de son temps, toujours friand de découvertes et de rencontres, mais aussi de nouvelles expériences !

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